Chaque année mon père, à la
demande de mon frère ainé, nous réunissait dans une pièce plus tranquille,
durant la grande fête de famille, pour nous donner sa bénédiction annuelle. Les
dernières années où la coutume a tenue il fallait que ma mère insiste pour que
mon frère se décide, en trainant les pieds, à aller voir mon père. Je devais
avoir une dizaine d’années quand la pratique s’est éteinte dans ma famille,
comme elle l’avait déjà fait dans la grande majorité des familles de chez nous.
De cette grande tradition patriarcale, qui rappelait qu’alors c’était le père
qui assumait la direction matérielle et morale de la famille, il ne reste
aujourd’hui que des représentations picturales, gravures ou peintures, où nous
voyons un père en ceinture fléchée, la pipe tout juste déposée sur un meuble,
bénir une nombreuse descendance agenouillée devant lui.
Mon père ne fumait pas, portait
le veston et la cravate et nous étions trois fils. Avec ma mère nous étions donc
quatre à recevoir cette bénédiction solennelle et annuelle par laquelle mon
père attirait sur nous la bienveillance divine pour nous aider à avoir une
bonne année, aussi bien dans notre conduite que dans nos résultats.
Aujourd’hui mon père est décédé,
je suis père depuis longtemps et je n’ai jamais, en ceinture fléchée ou en
veston cravate, fait descendre la grâce divine sur la tête de mes enfants.
Cette façon de servir d’intermédiaire entre le ciel et la famille n’existe
plus. Ce qui demeure, cependant, est l’habitude de s’offrir des vœux pour
l’année qui vient au sein de la famille mais aussi entre amis, connaissances,
relations d’affaires. Nous en recevons sur des cartes de papier, dans des
messages électroniques, dans des envois sonores ou visuels. Il y en a de tous
les genres, du comique au formel, du chaleureux au commercial.
Pour ma part je vous souhaite de
recevoir de vrais vœux d’au moins une personne, si possible de tous ceux qui
vous sont vraiment proches. Je vous souhaite des vœux sincères, sérieux,
réfléchis, attirant sur vous toute la grâce de l’amour et de l’amitié, bref des
vœux aussi fort que l’était, dans son cœur, la bénédiction de mon père à sa
famille.
Bonne année.