lundi 27 janvier 2014

Quand la mort frappe

Nous sommes tous affectés par les morts de l'Isle Verte, comme nous l'avons été par ceux de Lac Mégantic, comme nous le sommes chaque fois que plusieurs personnes périssent en même temps dans des circonstances inattendues. Qu'il s'agisse d'un accident de train, d'un naufrage, d'un tsunami, d'un tremblement de terre ou encore d'un attentat, d'un acte de guerre ou d'un massacre, toutes ces morts nous renvoient à notre propre fragilité. Plus les personnes touchées nous ressemblent, plus nous sommes en mesure de nous identifier à elles comme père, enfant, femme ou homme, travailleur ou voyageur, plus nous sommes ébranlés. Et à cause de cela notre premier devoir est celui de la compassion, du partage, du respect du deuil de ceux et celles qui sont les plus touchés. C'est en ce sens que je présente, d'abord, mes plus profondes condoléances aux personnes de la région de l'Isle Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, une région que je connais bien pour y avoir vécu et travaillé de nombreuses années; ma plus jeune fille y est d'ailleurs née. Devant de tels événements nous voudrions, toujours, revenir en arrière et refaire le fil du temps. Comme cela est impossible nous cherchons souvent des coupables et nous cherchons, surtout, les moyens d'empêcher que cela ne se reproduise. Il y a des cas, bien sur, où les responsabilités sont flagrantes et les mesures à prendre claires. Ainsi, un quart de million d'êtres humains sont morts lors du tremblement de terre en Haïti en janvier 2010. Or il ne s'agissait pas du plus fort tremblement de terre qui se soit produit, loin de là. D'autres séismes, plus forts, ont frappés le Japon, ou les USA et n'ont fait qu'une dizaine ou une vingtaine de morts. Alors quand on dit que le tremblement de terre d'Haïti est la plus grande catastrophe naturelle de l'histoire on se trompe. C'est le moment de l'histoire où le plus d'humains sont morts en même temps d'une même cause. Mais cette cause n'est pas le séisme, c'est la négligence, c'est l'exploitation du peuple haïtien par une classe de très riches qui a construit des bidonvilles en bloc de béton, de vastes châteaux de cartes dans lesquels on logeait à des prix exorbitants les pauvres qui venaient à Port-au-Prince dans l'espoir d'améliorer leur vie. Ils ont y ont trouvé la mort, assassinés par la cupidité d'une poignée d'exploiteurs. Mais il arrive aussi qu'il n'y ait pas de coupable, pas de mauvaise intention, pas de négligence. C'est le cas de l'Isle Verte. Nous pouvons bien tenter d'élever encore les standards de sécurité, mettre des gicleurs partout, faire porter des casques à tout le monde, placer des barrières de sécurité au bord des routes et des falaises, interdire les sports extrêmes et la traversée des rues en dehors des passages piétonniers, il y aura toujours des accidents. Même avec des gicleurs l'incendie aurait probablement fait des victimes, ne serait-ce qu'à cause du froid qui régnait alors et de l'âge des personnes qu'il fallait évacuer. C'est une chose possible de vouloir une société sécuritaire mais c'est une chose impossible de vouloir une société sans risque aucun. Le risque est partout, il apparait avec la vie et il en est indissociable. Alors, travaillons à améliorer notre monde, certes, mais demeurons conscients que nous ne pourrons jamais tout régler et qu'il nous faut aussi accepter le risque de vivre. Il y a bien des inégalités, bien des souffrances, bien des horreurs quotidiennes dont nous détournons les yeux; ne mobilisons pas nos forces que dans les catastrophes, qu'en réaction à un moment de douleur intense, mais tachons plutôt de travailler au quotidien à un monde plus juste et plus agréable pour tous.

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