Nous l’avons vu, la vie est dure
en Afrique et le berceau de l’humanité est plein d’épines et de périls. En
fait, ces conditions font partie des éléments qui ont joué sur notre évolution
et ont fait de notre espèce ce qu’elle est, une espèce envahissante,
dangereuse, efficace, ingénieuse, curieuse. Ce processus a nécessité, pendant
des centaines de milliers d’années, la disparition des plus faibles, des moins
adaptés aux exigences du milieu. Depuis dix mille ans, environ, les civilisations
agricoles ont réduit les exigences de survie. Depuis cent à deux cents ans
l’amélioration des conditions d’hygiène les ont encore réduits dans certaines
régions du monde. Depuis une soixantaine d’années l’usage des antibiotiques,
les progrès de la chirurgie, les meilleures conditions d’accouchement et de
soins périnataux ont même fait bondir l’espérance de vie de nombreux pays.
L’hôpital a cessé d’être un lieu où on allait mourir pour devenir un lieu où on
va guérir.
Mais pas en Afrique. Ou du moins pas dans toute l’Afrique et
surtout pas pour tout le monde. Ici aller à l’hôpital, si cela dure un peu
longtemps, c’est mourir. Y aller plusieurs fois, c’est mourir. En fait, prendre
des médicaments montre que l’on est malade et un malade est toujours au bord de
la mort. Il y a deux états; la santé ou la maladie, la maladie étant toujours
aigue. Comme seuls les forts survivent et comme il faut accepter de ne pas
sacrifier des ressources rares et précieuses sur les causes perdues, on
n’accompagne les malades qu’un certain temps. Puis, on renonce.
Alors on ne se reconnait pas
facilement malade. Au point que rares sont les africains qui vont admettre
avoir une maladie chronique. Ce n’est pas parce qu’aucun africain est
diabétique, ou a la goutte, de la haute pression ou un autre problème
chronique, C’est simplement parce que soigner une maladie chronique, même
légère et avec un médicament facilement accessible, revient à admettre une
faiblesse. Or une faiblesse, une tare, est un motif pour que les autres nous
abandonnent à notre sort. Le résultat est que des maladies contrôlables font de
plus en plus de dommage dans la population. Ainsi, je fais de la goutte mais
sans en souffrir; après un épisode, il y a quelques années, j’ai modifié mon
alimentation et commencé à prendre un médicament quotidien. Je n’ai fait aucune
autre crise depuis. Dans la même situation un haut responsable, au Congo, a dû
récemment faire venir un médecin en pleine nuit pour lui faire une ponction
dans le genou pour réduire la douleur lors d’une crise grave; sa maladie
chronique, niée et donc incontrôlée,
dégénère et donne lieu à des épisodes de plus en plus graves, fréquents et
douloureux.
La même logique de négation va
bien sûr s’appliquer devant les maladies épidémiques. Nombreux sont ceux qui se
cachent quand ils sont malades, qui refusent d’aller à l’hôpital ou qui s’en
échappent. Les occidentaux n’ont pas agi autrement durant les grandes pestes. Ce
n’est que depuis peu que vous accepteriez dans de telles circonstances d’aller
à l’hôpital. Et là je veux dire dans nos hôpitaux, pas dans ceux que l’on
trouve ici. Car on y meurt encore beaucoup, malheureusement.
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