Vendredi dernier nous étions au
restaurant avec des connaissances d’origine européenne. La conversation a
déviée vers la corruption. Nous ne nous y sommes pas attardé, nos vues étaient
diamétralement opposées et cela allait gâcher la soirée.
Je travaille en gouvernance,
c’est dire que je cherche notamment à accroitre la transparence des systèmes
pour en accroitre l’équité et assurer, à terme, qu’ils existent pour les fins
qu’ils poursuivent. Et qu’ils le font avec efficience, au meilleur coût possible.
Nos hôtes travaillent dans la construction. Ais-je besoin dans dire plus? Mais,
surtout, ils sont européens et viennent d’un pays régulièrement marqué par des
«affaires» ou des millions d’euros disparaissent dans les caisses secrètes des
partis politiques et dans les poches des élus, lesquels d’ailleurs cumulent les
fonctions et sont joyeusement maire et député ou sénateur et président de
région. Il est difficile de critiquer la corruption chez les autres quand elle
est endémique chez soi.
Ceci dit, le Canada n’est pas
exempt de corruption, loin de là. Nous avons la spécialité, particulièrement au
Québec, de fermer les yeux devant la corruption. Puis, quand on fait une
commission comme la commission Charbonneau, on fait semblant de tomber des nues.
C’est à qui déchire sa chemise avec le plus de conviction alors qu’à peu près
n’importe qui, choisi dans la rue au hasard, vous aurait dit qu’il y avait de
la magouille dans les dons politiques. Et nous n’avons pas fait tout le ménage,
loin de là. À ma connaissance il n’y a pas que les firmes d’ingénieurs qui
veulent des contrats gouvernementaux.
Le premier problème, avec la
corruption, c’est qu’elle entraine le silence. Un silence tantôt complice,
tantôt lâche. Chez nous nous sommes plutôt du côté lâche, ailleurs plutôt du
côté complice. Le résultat demeure le même, la corruption est présente. À un
moindre degré au Canada me direz-vous? Certes, mais toute corruption est
néfaste.
Le mot même de corruption indique
la gravité de la maladie. La corruption est une pourriture (le corrompu aussi,
de même que le corrupteur). La pomme pourrie pourrit le panier, le streptocoque
du groupe A se multiplie dans la plaie et vous emporte la jambe, ou la vie. En
fait, les dommages de la corruption sont énormes et vont bien au-delà des
sommes volées.
Un inspecteur municipal accepte
cent dollars au coin d’un chantier non déclaré pour ne pas voir qu’on installe
une nouvelle fenêtre (très jolie par ailleurs) sans permis. La fenêtre est
jolie, le permis aurait coûté environ cent dollars aussi, alors où est le
dommage? La municipalité a perdu cent dollars, quelle importance sur deux
milliards?
En fait, le citoyen a perdu tout
respect pour l’inspecteur, pour les inspecteurs. Pour sa part, l’inspecteur
vient d’améliorer son revenu sans travail et commence à perdre à la fois le
sens du travail et le sens de l’argent. Les collègues, quand ils s’en doutent,
perdent le sentiment de l’équité, envers les citoyens et entre eux, certains
montrant qu’il est plus payant de ne pas appliquer la réglementation que de
l’appliquer. Les voisins, s’ils s’en doutent aussi, perdent également le
sentiment d’équité puisque celui qui peut payer peut obtenir des choses plus
facilement. Et la corruption, exactement comme le streptocoque du groupe A, se
multiplie, s’étend, et emporte une municipalité, un ministère, une société.
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