Pour les grandes messes (les
grands messes comme on le dit plus souvent par chez nous), on se prépare à
l’avance, on s’habille chic, on est «baigné, poudré» selon une expression
haïtienne que j’aime bien. Une fois rendu, on regarde qui est là et aussi qui
n’est pas là et on parade, plus attentif à se faire voir et entendre qu’à
regarder et écouter.
J’en ai connu de ces grands
messes dans ma vie. Je ne parle pas de celles de Noël, la grande suivie de deux
petites auxquelles nous assistions vraiment à minuit, au tout début de la
journée du 25 décembre. Je fais plutôt ici allusion aux grands messes
professionnelles, à ces cérémonies ou ces rencontres obligatoires, où il faut
être aujourd’hui comme il fallait être à l’église le dimanche dans les années
cinquante. Depuis mes réceptions de prix jusqu’aux dîners de clôture de congrès
internationaux en passant par les collations des grades ou les soirées de levée
de fonds politiques ou charitables, j’ai dû en vivre un peu plus d’un
demi-millier. Et cela c’est sans compter celles qui avaient davantage de sens,
celles qui consistaient en grande activité de rapportage, comme ma soutenance
de thèse ou les conférences à prononcer. De celles-là j’en vis encore, dont une
la semaine dernière que j’ai organisée. Des autres, il y en a eu une toute
récente, à laquelle je n’ai pas pu assister.
Quand on intervient en
international le but du travail n’est pas de faire, ce qui serait bien souvent
assez facile, mais d’amener les partenaires à faire. Le seul moyen en effet
qu’une intervention soit durable c’est de la faire porter, puis maintenir, par
les gens du milieu. C’est normalement vrai pour une intervention chez nous
(mais trop souvent oublié) et c’est indispensable pour une intervention dans un
pays en développement ou un pays émergent. Autrement dit, pour que
l’intervention soit efficace, il faut donner le plus de mérite possible aux
acteurs locaux et travailler sans que cela paraisse trop. Et pour cela il faut
convaincre et faire en sorte que nos grands constats soient partagés et
acceptés. D’où l’utilité d’une grand messe où plein de gens pourront venir écouter
et échanger mais, aussi, parader.
C’est là le risque des grand
messes. De la même manière qu’à la messe de minuit il y avait parfois plus de
gens pour montrer leur linge que pour prier, nos grands messes peuvent se
limiter à de la parade et à de la fanfare sans que personne n’y réfléchisse et
en retire quelque chose. Je crois avoir réussi, pour ma grand messe ici à
Brazzaville, à faire en sorte que chacun en sorte mieux équipé pour le travail
et les changements à venir; cela demande de faire des concessions pour que
chacun puisse montrer son linge tout en restant exigeant sur le fond de la
démarche, un peu comme ces vieux curés qui n’avaient pas peur de rappeler à
leurs ouailles le sens de la messe quand ils les voyaient trop frivoles. Alors
que dans le cas de l’autre grand messe, celle où je n’ai pu aller, on peut se
demander si le prêtre qui officie est même vraiment un prêtre quand on sait
qu’il n’est jamais allé ni à messe ni à confesse toutes les années précédentes.
Difficile alors de montrer autre chose que du beau linge.