J’avais prévu vous entretenir des
drones et des questions éthiques que leur usage soulève, en soulignant du même
coup que, dans le cas de leur usage militaire, je trouvais leur utilisation
plus efficace et plus morale, à tous égards, que celle des armes
conventionnelles; tant qu’à tuer, autant tenter de tuer les vrais responsables
des guerres plutôt que ceux qu’ils envoient à la mort. On appelle cela
assassinats ciblés, moi j’appelle cela ramassage des ordures (je cesse d’être
poli devant des gens qui n’ont comme projet pour autrui que leur mort, leur
avilissement ou leur souffrance).
Mais, voilà qu’arrive le scandale
de la FIFA. Dans un premier temps je ne change pas de sujet puisque je vous ai
déjà entretenu de la corruption; que des organismes comme la FIFA, ou toute
autre organisation qui s’est arrogée le pouvoir d’attribuer un événement
touristique majeur à telle ou telle ville à telle ou telle date, soit un lieu
de corruption il n’y a là rien d’étonnant. Rien pour écrire à sa mère,
seulement un scandale de base, prévisible de par la fonction même de
l’organisation.
Pourtant, voilà que Blatter
persiste. Non seulement il persiste mais il accuse en retour! Il a dirigé
pendant 17 ans une organisation et celle-ci se trouve mêlée à un scandale de
corruption. La moindre des choses serait de manifester son inquiétude, son
souci de corriger les choses, sa préoccupation face à la situation et
l’admission de ses propres défaillances. En effet, comment peut-on prétendre diriger
et, du même coup, affirmer qu’il n’est pas possible de tout contrôler ou, tout
au moins, ne pas affirmer que l’on va tout faire pour assurer un meilleur
contrôle? Il se fait réélire, il veut encore diriger, mais ne veut assumer
aucune des responsabilités de ce que veut dire diriger. Voilà un monsieur qui
veut le champagne, les beaux hôtels et les séjours à l’étranger mais qui ne
veut rien savoir de faire son travail.
Loin de s’interroger sur ses
défaillances, M. Blatter reprend le discours d’un ministre de Poutine et fabule
sur un complot étatsunien. Il est évident que la plus grande démocratie du
monde, où le baseball, le football américain, le basketball, le hockey sont de
loin plus populaires et plus riches que ce sport mineur qu’y est le soccer, a
brusquement décidé de s’attaquer à la FIFA, dont elle n’a rien à faire par
ailleurs, que dans le but de critiquer la Russie. Ainsi, loin d’examiner son
organisation, loin de se dissocier des personnes accusées de corruption, M.
Blatter se vautre dans le ridicule et dans les théories conspirationistes les
plus sottes qui soient.
Si ce n’est pas de la
malhonnêteté, c’est au moins de l’aveuglement volontaire, de la sottise, et de
l’incompétence. N’allez plus au foot tant que ce monsieur est en poste car, autrement,
vous contribuez à son salaire et vous payez son champagne. Et vous le rejoignez
dans le ridicule.
P.S. La réalité vient de
rattraper Blatter. Il démissionne. Cela ne veut pas dire que le ménage est
fait, ni qu’il ne doit pas être fait ailleurs, dans d’autres instances
comparables. Mais, au moins, voilà un cas de réglé.