vendredi 8 mai 2015

Lettre ouverte à Omar Khadr



Lettre ouverte à Omar Khadr[1]
Omar, tu me permettras de t’appeler Omar car je pourrais être ton père, je te présente mes excuses. Pas seulement les miennes d’ailleurs, celles de tous les canadiens, qu’ils le veuillent ou non. Le gouvernement canadien t’as non seulement abandonné mais a participé à ta condamnation et s’entête encore à vouloir la faire appliquer jusqu’au bout alors même qu’elle est immorale selon le droit canadien, selon le droit américain et selon le droit international; il a fallu un tour de passe-passe du droit militaire américain pour justifier le mal qui t’as été fait. Notre gouvernement, que nous avons élu, est responsable et nous sommes donc responsables. Car notre vote les a mis au pouvoir, même en votant contre eux ou en nous abstenant de voter, et nous sommes coupables avec eux.
Excuse-moi. Excuse-nous.
Tu as maintenant presque le droit d’être libre, avec un bracelet électronique sur le corps, avec les services de renseignement sur le dos et avec les conservateurs à tes trousses. Mais aussi avec des centaines de milliers de gens qui appuient ta cause depuis le début. Va les voir. Va leur parler. Écris. Raconte. Raconte-nous ce qu’est d’être blessé dans une guerre qui nous est imposée par des gens qui sont censés nous aimer. Raconte-nous ce que c’est que d’être arrêté et mis au secret alors que l’on a quinze ans. Raconte-nous ce que c’est que les interrogatoires interminables que l’on doit subir. Raconte-nous une adolescence derrière les barreaux plutôt que devant les filles, la télé et les profs ennuyeux (dans cet ordre!). Raconte-nous ce que c’est que d’être enfoncé par le gouvernement qui devrait nous aider, qui devrait croire au Canada et en ses citoyens.
Tu as une histoire dans la tête. Cela pourrait être une histoire de haine, de rancune et de colère. Mais cela peut aussi être une histoire d’ouverture, d’exemplarité, de valeurs humaines. Fais éclater cette histoire-là. Montre à tous que l’on peut grandir droit dans les conditions les plus difficiles. Humilie ceux qui t’ont humilié en racontant ton histoire.
Aide nous à devenir meilleurs. Explique-nous. Réfléchis à ce qui est le plus important, à la manière de le dire et raconte-le-nous. Prend la route et la parole Omar. Nous avons besoin d'entendre ta vérité.



[1] Omar Khadr est un jeune canadien de Toronto embarqué pas sa famille en Afghanistan alors qu’il était mineur. Enfant soldat il y sera arrêté par les forces états-uniennes et détenu à Guantanamo. Le gouvernement canadien, loin de l’aider, a appuyé la parodie de justice qui lui fut appliquée par les tribunaux militaires des USA. Il vient enfin d’obtenir, malgré l’opposition du gouvernement ultra conservateur de Stephen Harper, sa libération conditionnelle. Il a passé près de la moitié de sa jeune vie dans des prisons de haute sécurité.

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