Lettre ouverte à Omar Khadr[1]
Omar, tu me permettras de
t’appeler Omar car je pourrais être ton père, je te présente mes excuses. Pas
seulement les miennes d’ailleurs, celles de tous les canadiens, qu’ils le
veuillent ou non. Le gouvernement canadien t’as non seulement abandonné mais a
participé à ta condamnation et s’entête encore à vouloir la faire appliquer
jusqu’au bout alors même qu’elle est immorale selon le droit canadien, selon le
droit américain et selon le droit international; il a fallu un tour de
passe-passe du droit militaire américain pour justifier le mal qui t’as été
fait. Notre gouvernement, que nous avons élu, est responsable et nous sommes
donc responsables. Car notre vote les a mis au pouvoir, même en votant contre
eux ou en nous abstenant de voter, et nous sommes coupables avec eux.
Excuse-moi. Excuse-nous.
Tu as maintenant presque le droit
d’être libre, avec un bracelet électronique sur le corps, avec les services de
renseignement sur le dos et avec les conservateurs à tes trousses. Mais aussi
avec des centaines de milliers de gens qui appuient ta cause depuis le début.
Va les voir. Va leur parler. Écris. Raconte. Raconte-nous ce qu’est d’être
blessé dans une guerre qui nous est imposée par des gens qui sont censés nous
aimer. Raconte-nous ce que c’est que d’être arrêté et mis au secret alors que
l’on a quinze ans. Raconte-nous ce que c’est que les interrogatoires
interminables que l’on doit subir. Raconte-nous une adolescence derrière les
barreaux plutôt que devant les filles, la télé et les profs ennuyeux (dans cet
ordre!). Raconte-nous ce que c’est que d’être enfoncé par le gouvernement qui
devrait nous aider, qui devrait croire au Canada et en ses citoyens.
Tu as une histoire dans la tête.
Cela pourrait être une histoire de haine, de rancune et de colère. Mais cela peut
aussi être une histoire d’ouverture, d’exemplarité, de valeurs humaines. Fais éclater cette histoire-là. Montre à tous que l’on peut grandir droit dans les
conditions les plus difficiles. Humilie ceux qui t’ont humilié en racontant ton
histoire.
Aide nous à devenir meilleurs.
Explique-nous. Réfléchis à ce qui est le plus important, à la manière de le
dire et raconte-le-nous. Prend la route et la parole Omar. Nous avons besoin d'entendre
ta vérité.
[1]
Omar Khadr est un jeune canadien de Toronto embarqué pas sa famille en
Afghanistan alors qu’il était mineur. Enfant soldat il y sera arrêté par les
forces états-uniennes et détenu à Guantanamo. Le gouvernement canadien, loin de
l’aider, a appuyé la parodie de justice qui lui fut appliquée par les tribunaux
militaires des USA. Il vient enfin d’obtenir, malgré l’opposition du
gouvernement ultra conservateur de Stephen Harper, sa libération conditionnelle.
Il a passé près de la moitié de sa jeune vie dans des prisons de haute
sécurité.
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