La semaine dernière, à Ottawa, les députés ont défait une motion présentée par les libéraux. Ce n’est pas la première fois, me direz-vous. Mais cette motion portait sur la présence ou non, dans l’aide internationale, du contrôle des naissances.
Au Canada les femmes ont gagné le contrôle de leur corps et ce contrôle passe par plusieurs droits essentiels ; le droit de refuser une relation sexuelle, même à son conjoint légal, le droit de refuser de porter un enfant, le droit de consacrer sa vie à diverses choses et de ne pas être réduite qu’à la procréation.
Ces droits ont été gagnés de haute lutte par les femmes. Mais nous en profitons tous. Nos familles ont évoluées, nous laissant plus de temps pour être nous-mêmes et pour développer des contacts de qualité avec chacun. La carrière de ma conjointe lui est un lieu d’épanouissement et notre vie commune est plus riche de nos expériences personnelles ; notre situation financière est meilleure qu’avec un seul revenu ; nos enfants ont chacun eu l’occasion de nous connaître mieux ; comme couple, nous avons pu choisir le type de famille que nous voulions.
Ces droits sont fragiles. Il y a régulièrement des groupes qui veulent en remettre l’un ou l’autre en question, particulièrement le droit à l’avortement. Il faut comprendre que c’est un chaine délicate ; enlevez un de ces droits et vous les menacez tous, vous questionnez le type de relation que nous avons aujourd’hui, entre les femmes et les hommes. Je veux bien qu’il y ait des nostalgiques de l’époque de «Papa a raison» mais je ne s’en suis pas. Je ne désire pas entrer à la maison pour y trouver une épouse soumise, le souper prêt et une routine immuable. Et je crois que la grande majorité d’entre nous en est au même point. Nous apprécions l’égalité qui s’est instaurée, les exigences qu’elle suppose et les découvertes qu’elle suscite ; deux têtes qui discutent débouchent sur des résultats plus riches qu’une seule qui impose.
Je travaille dans d’autres pays, mon besoin d’implication faisant que je veux agir, à Granby, au Canada et là où je peux servir. J’ai ainsi vu bien d’autres sociétés sur tous les continents. Ce que je sais c’est que les premières victimes des guerres, des génocides, des épidémies, des séismes, ce sont les femmes. Pas parce qu’elles y meurent davantage que les hommes mais parce que les premiers abus de pouvoir qui s’exercent dans de telles conditions s’exercent sur leur corps. C’est par le viol que se font les opérations de terreur, par l’ensemencement forcé des femmes de l’autre groupe que se font les purifications ethniques. Dans la vie quotidienne, à travers la promiscuité des bidonvilles, au-delà de toutes les religions du monde, ce sont les filles de douze ans qui sont prises, mère à treize ans, femme à quinze et vieille à vingt.
Prétendre agir en développement international sans financer les activités de contrôle de naissance c’est imposer aux femmes des autres pays des réalités que les femmes du Canada refusent. En fait, c’est condamner des populations entières, femmes, enfants et hommes à un mode de vie dont nous ne voudrions pas, dont nous avons émergés peu à peu et dont tous les humains souhaitent émerger.
Ce qui s’est passé à Ottawa c’est que des hommes, car les députés sont majoritairement des hommes, ont voté contre l’intérêt des femmes. Quelque soit leur parti ils se sont montré petits, indifférents au sort de la moitié de l’humanité et ignorants de nos réalités à la fois sociologiques et historiques.
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