Nous vivons dans une société policée. Peut-être trop à bien y penser. Nous n’élevons plus la voix, nous fuyons les discussions, nous acceptons toutes les opinions.
À l’école on apprend aux enfants à se respecter les uns les autres et à respecter leurs différences. Voilà qui est très bien ; en effet, comment ne pas respecter les caractéristiques d’une personne ? Je suis né avec tel sexe, tel visage, tel couleur de peau. Je suis élevé dans telle croyance et dans telle habitude, Qu’y puis-je ? La société doit donc apprendre à chacun le respect de ces caractéristiques. Du moins, c’est ce qu’il est normal de dire aujourd’hui, chez nous. Pourtant il y a déjà là un premier glissement possible. Je ne peux rien changer à mes capacités innées mais l’éducation que je reçois pourrait être critiquée et mérite peut-être de l’être ; je peux être mal élevé, me montrer grossier, ne pas connaître les usages de notre société. Devrait-on respecter le comportement d’un enfant qui recrache sa morve par son nez sous prétexte que son grand père le fait dans son pays d’origine ? Ou qui met ses pieds sur la table ?
Où commence ce qui n’a pas à être respecté ? À partir de quel point puis-je mettre en question les comportements de l’autre ? Je ne suis pas sur que l’école traite de ça. Se contente-t-elle, terrifiée à l’idée d’une plainte devant la commission des droits de la personne, d’affirmer que tout doit être respecté ? Pourtant bien des comportements ne sont pas respectables.
Et puis, les opinions peuvent être sottes. Depuis quand affirme-t-on qu’elles se valent toutes ? Je veux bien que le vote de chacun ait le même poids puisque c’est un des fondements de notre modèle démocratique. Mais je refuse absolument que les opinions aient toutes le même poids. Une imbécillité mal argumentée, fondée sur la simple affirmation d’une autorité quelconque demeure une imbécillité. Qu’il soit impoli de déclarer que c’est une sottise, d’accord. Mais il doit demeurer permis de dire que c’est une opinion pauvre, inintéressante, appuyée sur le vide. Ainsi les thèses créationnistes, basées sur une lecture étroite des textes religieux et en contradiction avec tous les faits scientifiques, sont de pauvres thèses, des opinions défaillantes. Il est dangereux qu’une société pratique l’angélisme et la bonne conscience au point de ne plus le dire.
Quand Chapleau prend la couette de Rael dans sa main, lors de Tout le monde en parle, il pose un geste profondément impoli, à la limite de la violence. Mais il pose aussi un geste libérateur, affirmant que l’on a pas à respecter toutes les opinions et tous ceux qui les professent. L’opinion selon laquelle les extraterrestres nous visitent régulièrement est faible. Imaginez : Ils viendrait régulièrement nous visiter et n’auraient jamais laissé le moindre pipi, le moindre mouchoir sale, le moindre poil ou la moindre écaille ? On retrace un assassin avec une trace de lèvre sur une verre et on ne retracerait pas les extraterrestres ? Que la vie existe ailleurs c’est très probable ; qu’elle soit intelligente, capable de se déplacer et choisisse de nous visiter, voilà qui l’est beaucoup moins.
Les comportements et les opinions ne sont pas tous d’égale valeur et ne sont pas tous respectables. Il serait peut-être temps de recommencer à le dire. Quand une opinion se fonde sur des inexactitudes ou des faussetés, il faut le signaler et tenter de faire changer l’opinion de l’autre.
Mais on ne discute plus. En famille on ne parle pas de politique et chacun campe sur ses positions, refusant d’avance toute discussion et toute argumentation. Pire, le fait de discuter et de contredire est maintenant vu comme une impolitesse, quand ce n’est pas vu comme une agression ! On ne discute plus dans la rue, chez soi, au travail. L’angélisme règne et, au nom de la bonne entente, on sacrifie la vie intellectuelle, la réflexion, l’échange et le progrès.
L’enfer est pavé de bonnes intentions.
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