Il semble que les électeurs canadiens soient cyniques. Désabusés, ne croyant plus à la bonne foi des politiciens, ils ne s’intéresseraient plus à la politique. Et on parle de cynisme.
Ce n’est pas cela le cynisme. Regardez dans votre dictionnaire, à défaut d’en avoir encore des exemples suffisants dans la vie quotidienne. Le cynisme c’est la capacité de se détacher des choses, de les regarder avec une distance qui nous les rend plus objectives, de ne pas suivre les sentiers obligatoires de la morale établie. C’est aussi la capacité de s’en moquer car l’ironie et l’humour demeurent des armes efficaces pour changer les choses.
De même que la colère peut être une vertu quand elle est refus d’un ordre établi inacceptable, le cynisme est un courage ; celui de dénoncer, s’il le faut par le ridicule, ce qui doit être dénoncé.
On ne pratique plus le cynisme de même que l’on ne pratique plus l’argumentation. Tout se vaut et, au nom du vivre ensemble, on perd le sens du mot vivre. Je ne demande pas que l’on meurt pour ses idées mais au moins que l’on vive pour elles. Je m’inquiète d’une société à ce point tiède qu’elle ne s’excite plus sur autre chose que des choses. On consomme, on parle de notre consommation, qu’il s’agisse des émissions de télé, des matchs sportifs, de notre récent frigo ou de notre nouvelle auto. Mais quand parle-t-on d’idée, quand parle-t-on de valeur ?
Bien sur, si je vous parle de mes idées, comme je le fais d’ailleurs depuis plusieurs mois, vous ne serez pas toujours d’accord. Mais pourquoi faudrait-il l’être ? Au contraire, c’est par la confrontation des idées, par l’écoute des arguments des autres, par la discussion ouverte et souvent passionnée que le progrès est possible.
Le Cégep de Granby Haute Yamaska a connu un essor non négligeable pendant que j’en étais le directeur général. Cela a été possible parce que nous avions une équipe de direction qui jouait le jeu totalement à chacune de ses réunions. Nous n’avions pas peur de nous contredire, de reprendre les arguments de l’autre pour les attaquer, de développer les nôtres. Après, quand nous avions pris une décision, nous savions qu’elle était solide et nous pouvions nous y tenir. La solidarité est possible quand elle se base sur une vraie possibilité d’échange.
La discussion est essentielle et pour qu’elle se tienne il faut admettre au départ que toutes les idées, que toutes les opinions ne sont pas aussi bonnes les unes que les autres. Il faut admettre que l’on doit défendre ses idées et qu’il faut travailler à convaincre les autres tout en restant à l’écoute de leurs propres arguments, lesquels peuvent nous faire changer d’avis, nous. Il faut se donner des lieux d’échanges, d’écoute et de discussions.
J’aime la politique car elle est l’une des activités essentielles de notre démocratie. Je souhaite qu’elle soit un objet de conversation, de discussions, de tensions dans la recherche des meilleures solutions. Or il est clair qu’actuellement, ni l’Assemblée nationale ni la Chambre des communes ne sont de tels lieux. Pour sa part, le premier ministre du Canada fuit tellement la discussion qu’il suspend le parlement, empêche ses employés politiques de témoigner, fuit les points de presse ouverts et enferme la participation citoyenne dans un carcan.
Alors les électeurs sont désabusés. Ils ne s’intéressent pas à la politique. Moi, je les voudrais, je vous voudrais, vraiment cyniques, vraiment critiques, vraiment fâchés.
C’est ce que je nous souhaite pour la prochaine élection.
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