jeudi 13 février 2014

Les réglements

Hier je suis allé suivre une formation sur l'utilisation des pesticides (herbicides, insecticides essentiellement). Comme agriculteur et producteur d'arbres de Noël j'ai en effet besoin de contrôler les mauvaises herbes pour favoriser la croissance de mes arbres. La lutte mécanique (fauchage, labourage) et culturale (plantation d'herbes moins envahissantes entre les rangées d'arbres) ne suffisant pas, je dois recourir à des herbicides deux ou trois fois par année. Tout cela pour dire que, pour acheter des pesticides pour usage agricole je dois avoir un certificat, que pour avoir ce certificat je dois réussir un examen et que pour réussir cet examen je dois suivre une formation. Voilà qui est excellent, me direz-vous et qui vise à protéger à la fois l'environnement et les personnes. Je suis d'accord avec vous. Le fait que je dois payer pour le cours, payer à nouveau pour l'examen, payer encore pour le certificat et payer par la suite pour le renouvellement du certificat n'est qu'une conséquence nécessaire de notre volonté de protection. Ce cout, d'environ 500$ sans compter mon temps et mes frais de déplacement, je vais par contre, bien sur, vous le refiler quand je vais vous vendre des arbres de noël. Comme mon voisin quand il vend son soja. D'ailleurs lui, comme moi, tient compte dans ses couts de la diminution de la surface de ses terres utilisables puisque nous devons maintenant, par règlement, conserver une bande riveraine à chaque cours d'eau et fossé. Mais nous sommes d'accord, comme vous, pour investir dans la protection de notre environnement. Par ailleurs j'achète une automobile qui doit, par règlement, avoir un système antipollution et pouvoir résister à un impact de 5km/h sans aucun dommage. Le constructeur me la vend plus cher puisqu'il doit absorber ces frais. Avec mon auto je dépose ma fille au cégep, où toutes les portes, par règlement, doivent être en acier afin de résister pendant 2 ou 3 heures à un incendie. Ces portes coutent plus cher et les travaux fait au cégep, comme dans tous autres édifices public, coutent plus cher et nous payons plus d'impôt et de taxes pour couvrir ces dépenses plus élevées. En fait, que je considère ma salle de bain (règlement sur les eaux usées, les égouts, les fosses septiques), ma cuisine (inspection des aliments, sécurité des appareils ménagers), mon terrain (utilisation des pesticides, de l'eau), le ciel au-dessus de ma tête (sécurité aérienne, usage des ondes), bref, que je regarde où que ce soit, il y a toujours des règlements et chacun d'eux est plein de bons sens, pleinement justifié et demande à être appliqué. Mais chacun d'eux impose des couts, pour ceux qui doivent le respecter et pour ceux qui doivent le faire respecter. Et tous ces couts c'est nous qui les payons, au bout du compte. Il faut simplement en être conscient, surtout quand on s'interroge sur ce qui est important pour nous, comme société. Nous n'arrivons plus à nous payer tout ce que nous voulons nous payer mais, en même temps, nous ne comptabilisons pas du tout le prix des règlements que nous adoptons les uns après les autres. Il faudrait peut-être, aussi, se demander ce qui est le plus important, bref faire des choix. Depuis les détecteurs de fumée jusqu'au signaux stop sur les autobus scolaires, depuis l'inspection des ascenseurs jusqu'à celle des jouets importés, depuis la lutte au beurre d'arachide jusqu'à celle des moisissures dans nos écoles, depuis le contrôle des champs d'épandage jusqu'à celui des huiles usées, nous voulons réduire tous les risques, règlementer tous les aspects de la vie. Et quand un accident arrive, nous faisons enquête pour voir à ce qu'il ne puisse pas se reproduire en mettant en place de nouveaux règlements. Tout cela est plein de bon sens, tout cela est souhaitable. Et tout cela suppose des dépenses de plus. Jusqu'où irons nous ainsi?

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