Il y a des mots qui frappent
l’imagination, qui sont suffisants pour entrainer la crainte à leur simple
évocation. Il en est ainsi de Peste, Sida et, aujourd’hui d’Ebola.
Dans tous ces cas ce qui nous
inquiète c’est le taux de mortalité effrayant qui est associé à la maladie
concernée. Il y a aussi le poids des images; anciennes comme celles de la peste
qui a ravagé à plusieurs reprises l’Europe et l’Asie; plus récentes, comme
celles du sida qui a tué tant de jeunes hommes en Amérique et qui tue encore
tant de jeunes femmes, d’hommes et d’enfants en Afrique; actuelles, comme
celles de ces villages ravagés et de ces corps ensanglantés au Libéria et chez
ses voisins. Or, Ebola est une fièvre hémorragique dont les manifestations
peuvent être spectaculaires : la vision, tantôt des victimes et tantôt des
soignants, avec masque, lunette, gants, tenue isolante complète, renforce la
peur. En un sens, c’est une bonne chose puisque cela peut motiver les
populations à la prudence. En un autre sens, c’est une mauvaise chose puisque
cela peut favoriser la panique. Le meilleur moyen de réagir, pour les
autorités, est donc de donner l’information la plus précise possible pour que
les citoyens connaissent la menace, sachent comment la réduire et se mobilisent
pour ce faire.
Car si Ebola est des plus
mortelles, elle est aussi peu contagieuse. Il faut un contact direct avec les
sécrétions corporelles (salive, sang, sueur, etc) d’un malade pour être infecté.
Il y a donc moyen de se protéger, d’autant plus que les symptômes doivent être
présents pour que la maladie soit transmissible (pas de porteur sain ou de
porteur latent comme dans d’autres maladies).
Quand j’ai quitté le Canada pour
venir travailler ici, plusieurs amis et connaissances m’ont parlé de l’épidémie
d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Mais, si vous regardez sur une carte du monde,
vous verrez que le Congo-Brazzaville est bien loin du Libéria. Certes il est
plus près du Nigéria, où il y a eu des cas à Lagos. Mais, dans les faits, il
n’est pas vraiment plus près
du Libéria que ne l’est Montréal; avec les transports actuels, tout
est près de tout. La différence, bien sûr, est qu’au Canada un cas serait tout
de suite isolé et traité, ce qui n’est pas forcément la situation de nombreux
pays africains, dont le Congo. Cela rend mon travail ici encore plus nécessaire
puisqu’il consiste à renforcer la formation paramédicale.
Devant toute menace, quelle qu’en
soit la nature, il faut d’abord s’informer et partager l’information en
s’assurant de son sérieux; les réseaux sociaux peuvent être catastrophiques en
reportant des rumeurs, des informations partielles ou erronées. Il faut
plusieurs sources avant de confirmer un risque et il faut par la suite un bon
esprit critique pour savoir comment agir. Le drame d’Ebola, actuellement, ce n’est
pas tant le virus lui-même que l’ignorance et la peur. Il en va de même pour
bien des choses, pas seulement pour les maladies.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire