Tout le monde a entendu parler du
vaudou, des sorciers, des fétiches. En Haïti, alors que j’y étais en poste, le
vaudou était omniprésent, pour le bien comme pour le mal, pour se protéger
comme pour nuire. Il en va de même ici avec les fétiches qui peuvent être
destinés à protéger leur porteur des serpents ou, au contraire, à le maudire et
à attirer sur lui les serpents. Certains fétiches, dans certaines régions
d’Afrique, sont en eux-mêmes des malédictions car ils exigent des ingrédients
humains pour être confectionnés; des enfants disparaissent pour que des riches
qui roulent en Mercedes puissent porter un fétiche* comportant des os d’enfant
censé leur éviter des accidents de la route; la modernité, quand elle n’est que
technique, peut ainsi se mêler à ce qu’il y a de plus primitif dans l’âme
humaine.
La parcelle où nous habitons est
très africaine dans son mode de vie. Nous n’avons pas une villa isolée comme
d’autres expatriés. Notre appartement donne sur un espace commun, partagé par notre
propriétaire, un avocat, une famille, un autre expatrié, les employés de maison
et une multitude de visiteurs et de familiers qui circulent un peu toute la
journée et tard en soirée. Il y a aussi deux tortues, deux canards, neufs
chiens et un chat officiel (il y a un autre chat qui hante les toits mais qui
ne participe pas à la vie de la cour). La parcelle est protégée par un fétiche
enfoui quelque part. Mais, voici qu’un des chiens, en creusant au pied d’un
arbre, a sorti de sous une racine un fétiche inconnu. La cour est en
ébullition, tous examinent le fétiche. C’est un fétiche mauvais, un qui vise à
nouer, à bloquer, à empêcher; celui qui l’a enterré en cachette veut empêcher
quelqu’un de décider et d’agir, veut pouvoir mener les choses à sa guise en
rendant impuissant les habitants de la parcelle.
Se posent alors deux
questions : Qui a placé là ce fétiche? Comment s’assurer qu’il n’y a pas
d’autres objets inconnus cachés dans le but de nous nuire? Pour le qui, ce sont
les employés de maison et le propriétaire qui avancent des hypothèses,
lesquelles seront corroborées par l’absence continue d’un ancien familier qui
ne se montre plus. Voilà qui est bien mais qui ne règle pas tout. Si d’autres
fétiches sont présents la menace perdure. Une seule solution, il faut faire
déféticher la parcelle.
C’est logique. Puisqu’il y a des
fétiches malfaisants il y a forcément des déféticheurs, de la même manière
qu’il y a des contre missiles pour répondre aux missiles. Il y a aussi, selon
la même logique, des fétiches malfaisants pour défaire l’effet des fétiches
bienfaisants, comme il y a des espions pour empêcher les contre missiles
d’intervenir. Bref, on trouve de tout dans la pharmacie des sorciers africains.
Nous avons donc fait déféticher
la parcelle. Mais il ne me reste plus de mots pour vous en parler aujourd’hui.
L’expérience à elle seule mérite un article. Ce sera donc mon prochain.
*Un fétiche
n’a pas forcément l’apparence d’une petite statue comme on le pense souvent. Ce
peut être du tissu attaché autour de graines, d’os, de viscères. Ou une
bouteille, ou même un sac de plastique. Ce qui compte c’est l’aspect mystérieux
de la chose.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire