Les citoyens ne se sentent pas
toujours interpellés par la corruption. Après tout, pensent-ils, cela se joue
entre bandits et ne les concerne pas directement eux. Le corrupteur paie le
corrompu, en argent ou autrement, pour pouvoir faire quelque chose d’interdit.
Comme bon citoyen je ne veux rien faire d’illicite, ou même d’incorrect, alors
pourquoi me sentirais-je concerné?
En fait, la corruption ne porte
pas que sur les actions interdites. Elle porte même le plus souvent sur des
actions parfaitement permises. C’est en cela qu’elle est grave et qu’elle
atteint tout le monde. Elle fausse le jeu et crée des classes différentes de
citoyens, ceux qui respectent les règles et peuvent obtenir lentement et
difficilement quelque chose et ceux qui respectent toutes les règles sauf une
et qui obtiennent ainsi facilement et rapidement ce qu’ils veulent obtenir.
Répondre à un appel d’offres et
l’emporter est évidemment parfaitement légal. Ce système est en place pour garantir
l’équité de traitement entre les personnes, morales ou physiques, qui veulent
obtenir le contrat. Nous nous situons, en théorie, dans une méritocratie où le
plus capable est sélectionné. La corruption consiste à favoriser l’un des
candidats selon d’autres critères que son mérite. Cela peut se faire par un
versement d’argent, mais aussi par des cadeaux, des promesses de retour
d’ascenseur, même par des menaces de rétorsion si le candidat voulu ne
l’emporte pas.
Ce qui est vrai pour un appel
d’offres est vrai pour une multitude de choses, en fait pour toutes les
démarches administratives depuis l’obtention du permis de conduire jusqu’au
fait de gagner un procès ou d’avoir enfin un rendez-vous avec un médecin
spécialiste. Dès que vous avez une personne en situation de trancher en faveur
ou en défaveur d’un citoyen vous avez une possibilité de corruption. Comme nos
sociétés se complexifient, les démarches administratives sont de plus en plus
nombreuses et les possibilités de corruption le sont aussi. Or, loin de
simplifier les choses nous ajoutons règlements sur règlements, notamment des
règlements sur la lutte à la corruption. Plus le système est complexe, plus il
est difficile et long d’obtenir quelque chose de légal, plus il est tentant,
parfois même indispensable, de l’obtenir en payant.
Un citoyen ordinaire se trouve
aujourd’hui à devoir payer un comptable pour son impôt, un avocat pour la
moindre petite cause, un ingénieur pour revoir sa fosse septique, un technicien
en bâtiment pour demander un permis de rénovation, etc. Tant qu’à dépenser
autant d’argent il est tentant de payer pour être assuré du succès de sa
démarche. C’est ainsi que naissent les circuits de corruption dans lesquels, de
connaissances en connaissances, on fait circuler les bons contacts, les
cadeaux, les politesses. Du réseautage, conseillé dans toutes les écoles de
gestion, à la corruption, vertueusement dénoncée dans toutes les écoles de
gestion, la marge est souvent mince (les terrains de golf du monde entier
peuvent en témoigner). En tous les cas, le réseautage nous sort certainement de
la méritocratie et instaure une nouvelle forme de népotisme.
Les meilleurs moyens de lutter
contre la corruption ne se trouvent pas dans les lois ou dans les règlements.
Ils sont dans la simplification et dans la transparence des procédures pour
qu’elles soient accessibles à tous. Bref, dans le contraire de ce que la majorité
de nos gestionnaires publics, élus ou non élus mais toujours si bien ressautés,
s’obstinent à faire.
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