jeudi 6 février 2014

Mon père

Mon père était un homme à la fois très instruit et croyant. Entre ses recherches et ses enseignements en biologie, d'une part, et sa pratique religieuse, d'autre part, il ne voyait pas de contradiction; il s'agissait de deux univers parallèles, de deux réalités d'ordre différent qui n'avaient pas à s'entremêler. C'était aussi un homme bon et pourtant totalement distrait, presque absent. De tout cela il résultait qu'en matière de politique il était très discret sur ses opinions et très tolérant à celles des autres. Et il me semble que cette modération manque aujourd'hui dans la vie politique et explique en partie le cynisme des électeurs. Chacun sait, en effet, que tout n'est pas noir ou blanc et qu'il est rare que mon adversaire ait totalement tort. Or, le jeu partisan voudrait réduire ceux d'en face à une position unique, opposée en tout à la nôtre, et ne comportant aucun aspect valable. Cette simplification de la réalité, ce désir de se démarquer, vont à l'encontre du sens de la nuance qui caractérise bien de mes concitoyens, comme mon père. Pour gagner et garder le respect des électeurs il faut à la fois être capable de modération et de passion, de retenue et de volonté de changement. Vous me direz que c'est impossible, qu'on ne peut concilier de telles qualités. Je vous répondrai que mon père les a conciliées pendant quatre-vingt treize ans.

1 commentaire:

Mel de Montréal a dit…

Très juste et touchant.
Je vous lève mon chapeau!