dimanche 6 avril 2014

L'horreur

Il y a vingt ans, jour pour jour, j'étais à une conférence au centre de commerce mondial de Montréal quand un collègue, qui savait que j'étais récemment revenu du Rwanda, m'a informé que l'avion présidentiel s'était écrasé. Quelques heures plus tard, au petit matin à Kigali, mon ami Landoald Ndsaginwa était assassiné avec sa femme Hélène et leurs deux enfants, Malaika et Patrick. Ils étaient parmi les toutes premières victimes d'un génocide planifié, pensé et exécuté par le gouvernement. Je ne tenterai pas de vous expliquer les racines de tout cela, je ne tenterai pas de vous expliquer qui sont les coupables ni le rôle qu'a joué un pays occidental dans toutes ces morts. Je vous dirai simplement que ces événements ont changé ma vie, à plus d'un titre. Je vous dirai simplement, surtout, qu'il est admirable que les rwandais se soient relevés comme ils l'ont fait. Et je vous dirai encore que je suis fier d'avoir eu la chance de remettre une médaille au peuple rwandais, entre les mains du président actuel, Paul Kagamé. Cette médaille on me l'a fait payer cher, ayant eu le courage de mes convictions alors que d'autres n'avaient que la lâcheté de leur orgueil. Les peuples avancent par le courage, par la détermination et il y aura toujours des gens pour dénoncer leur progrès ou pour ne pas oser les appuyer, simplement parce que cela leur demande, à eux-aussi, du courage. Quant à nous, félicitons encore les rwandais pour le travail qu'ils ont accompli en vingt ans et pour celui qu'ils accompliront encore pour faire disparaitre une haine raciale inventée par les colons blancs. Le Rwanda a mille ans de civilisation, mille ans de vie commune avec une même langue, une même religion, un même système politique. Les folies coloniales ont précipité l'horreur; le rétablissement de la civilisation rwandaise l'éloigne aujourd'hui et l'éloignera pour toujours. Être lâche, endurer le discours de ceux qui nient cette civilisation et veulent sans cesse ramener la fausse division du peuple rwandais, c'est favoriser le crime génocidaire. Ceux qui en sont coupables sont nombreux, chez nous comme en Afrique. Il serait temps qu'ils s'excusent. À date, seul l'ancien président Clinton l'a fait en 2004.

Aucun commentaire: