mercredi 14 avril 2010

Les réfugiés et les immigrants (1)

Il circule un document sur internet qui compare les avantages donnés aux retraités et ceux donnés aux réfugiés accueillis au Canada, affirmant que ceux-ci sont scandaleusement bien traités, mieux que nos ainés.
Tous les chiffres cités sont inexacts, tous les faits sont faux.
Le 6 mars dernier, Claude Picher a donné les bonnes informations dans la Presse. Sans tout reprendre disons simplement qu’un retraité reçoit du fédéral seulement, sans compter donc les rentes du Québec s’il a occupé un poste salarié, entre 517$ et 1170$ par mois et ce jusqu’à la fin de sa vie. Ce n’est que s’il touche par ailleurs plus de 66 700$ qu’il verra cette rente diminuer.
De son côté un réfugié reçoit le bien-être social et, au début, une aide ponctuelle de 1100$ pour se procurer du linge, des produits de toilette, etc. C’est tout. Et le bien-être social s’arrête évidemment dès qu’il a un travail.
Mais, direz-vous, le retraité a payé toute sa vie pour sa retraite. Oui et non ; nous ne payons pas tous le même impôt et nombreux sont les retraités qui reçoivent plus, à la retraite, que tout l’impôt qu’ils ont versé durant leur vie active. Ceux-là, bien que canadiens, reçoivent donc plus que ce qu’ils ont contribué. Et c’est bien normal, cela s’appelle la solidarité sociale.
À mon sens, la solidarité ne s’arrête pas à la religion pratiquée, la langue parlée ou la couleur de la peau. Encore moins au nom du pays qui est marqué sur un passeport.
Supposez que, demain, à la suite de l’explosion d’un volcan dans l’ouest des Etats-Unis, le Québec soit recouvert d’un mètre de cendres volcaniques et que la présence des particules dans l’air fasse baisser la température moyenne de cinq degrés. Il n’y a plus d’été, plus d’agriculture ; les villes devant être évacuées car l’air y est irrespirable, la valeur des propriétés s’effondre ce qui fait que les hypothèques ne sont plus payées ; les banques font faillite et les entreprises ferment par manque de liquidité et par manque de marché ; il n’y a plus de travail, plus de valeur aux actions, plus de fond de pension. Bref, nous sommes sept millions et nous avons tout perdu.
C’est impossible dites-vous, ça n’arrivera jamais ! C’est ce que pensaient les yougoslaves qui habitaient un pays européen aisé et organisé. C’est ce dont étaient persuadés les argentins qui vivaient dans une société prospère et démocratique. C’est ce que croient plein de gens sur cette planète jusqu’à ce qu’un tsunami, un tremblement de terre, une guerre civile, un coup d’état, une crise financière, fasse d’eux ce qu’ils ne pensaient jamais devenir ; des réfugiés. Un réfugié qui a tout perdu, qui n’a même pas bien souvent une valise avec lui. Et il arrive chez nous parce que les pays ont signé une convention pour protéger les humains, d’où qu’ils soient. De la même façon qu’un bateau n’a pas le droit de continuer son chemin sans assister des naufragés, un pays n’a pas le droit de refuser l’asile à des réfugiés.
Prenez un naufragé à votre bord et laissez-le sur le pont, sans eau, sans couverture, sans nourriture. Il va mourir tout aussi bien que si vous l’aviez laissé sur son radeau. Alors, que devez-vous faire du réfugié que vous accueillez dans votre pays ? Le minimum, au moins ce que vous faites pour votre concitoyen le plus pauvre, le plus délaissé. Et c’est ce que nous faisons. Nous donnons le minimum.
Je ne dis pas qu’il faut donner plus mais j’affirme que l’on ne peut pas donner moins.
J’ai payé toute ma vie pour les fonds de pension et les soins de santé de mes ainés, dont les plus âgés n’avaient d’ailleurs pas payé eux-mêmes pour ses services alors qu’ils étaient salariés. Aujourd’hui que je m’approche de la retraite on me dit que je dois payer davantage pour espérer avoir moi-même une rente ou des soins. Je paie, et sans me plaindre, C’est la juste contribution de chacun au bien collectif. Mais je souhaite que d’autres paient aussi pour moi un jour ; et je ne veux pas que mes enfants soient écrasés par une charge trop lourde. Alors, non seulement suis-je solidaire de l’humanité quand je reçois des réfugiés mais encore suis-je solidaire de mes enfants comme je l’ai été de mes parents. Je travaille maintenant pour que mes enfants aient de nouveaux concitoyens qui partageront les charges avec eux.
Si c’est de la charité, elle est bien organisée puisque j’en profite tant, comme tous les canadiens.

Aucun commentaire: