La gouverneure générale du Canada est née en Haïti. Ma conjointe, la mère de deux de mes trois enfants, est née en Italie. Ces deux femmes sont des immigrantes, comme vingt pour cent de la population canadienne. Une personne sur cinq, ici, est née dans un autre pays. Mais c’est ici qu’elle travaille, ici qu’elle paie des impôts, ici qu’elle participe à construire des routes, des écoles, des hôpitaux.
Bien sûr nous sommes tous des immigrants, les amérindiens eux-mêmes l’étant probablement même si la date de leur arrivée laisse place à l’interprétation. Mais, bien au-delà de ce cliché, ce qui demeure c’est la richesse que représente chacun des nouveaux arrivants.
Mon voisin Purcell, à Béthanie, descend d’irlandais chassés par la faim à la suite de la maladie de la pomme de terre. Je descends de français, attirés par le droit de chasser et d’avoir une terre à cultiver. Je mange à Granby dans un restaurant italien dont le propriétaire est né en Italie, je lis Dany Laferrière, j’écoute l’OSM dirigé par Kent Nagano. Du yaourt au fromage, de la coupe de viande aux raquettes, des livres aux disques, de la maison que j’habite aux meubles que j’utilise et à la voiture que je conduis, tout sans exception a été enrichi des l’expérience des autres cultures, des autres pays. Et le pays que j’habite et que je participe à construire c’est ainsi qu’il s’est fait et se fait encore, d’enrichissements, de variétés, de nouveautés.
Au-delà de l’enrichissement culturel et du développement de nouvelles manières de faire que nous montrent nos nouveaux concitoyens il y a aussi l’apport financier direct. Bien sûr les immigrants arrivent avec des capitaux à placer, qu’il s’agisse d’argent frais, de technologie ou de leur simple savoir faire. Mais les réfugiés eux-mêmes, qui arrivent en apparence avec rien, nous apportent quelque chose.
On dit souvent que la richesse d’une entreprise c’est son personnel. Pour un pays, avoir des citoyens est essentiel et en avoir assez pour partager les charges de l’état l’est tout autant. Nous ne sommes que 7 millions et quelques au Québec, moins de quarante millions au Canada. Pour développer et maintenir nos infrastructures de transport il nous vaudrait être bien plus. Sans compter nos villes ; sans les immigrants Montréal serait encore moins peuplée et les taxes y seraient encore plus terrifiantes !
Parlons grossièrement, parlons gros sous. Accoucher une mère coûte quelques milliers de dollars, amener un enfant vivant à ses cinq ans représente une dépense de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Quand vous commencez à le scolariser vos dépenses explosent. Bref, un humain qui sait lire, compter, qui connait l’histoire et la géographie, qui peut parler et écrire deux langues représente une valeur de plus de 100 000$. Je ne parle même pas des professionnels, je n’examine même pas le cas des immigrants investisseurs. Je parle d’un réfugié vietnamien qui a quitté son pays en bateau, qui a survécu aux pirates, qui a ouvert un dépanneur et qui, aujourd’hui, sociétaire chez Desjardins, paie son hypothèque de 200 000$, ses taxes, ses impôts et fait éduquer ses enfants en français, lesquels enfants en feront peut-être d’autres avec les miens. Je parle du réfugié afghan qui va aujourd’hui au SERY pour recevoir de l’aide dans son insertion au pays et qui, demain, sera associé dans une concession automobile, ou aide soignant au centre hospitalier.
Je parle de chacun de ceux qui arrivent ainsi et qui, pour le peu d’aide que nous lui fournissons nous amène son corps, son cœur, ses compétences et ses espoirs. Je parle de ceux qui, un jour, ont tout risqué pour venir ici et participer à nos efforts, voulant bien sûr recevoir la juste part de leur travail mais m’apportant en le faisant une nouvelle richesse.
On se scandalise du peu que nous donnons en oubliant qu’un adulte né ici nous aurait couté beaucoup plus. En même temps nous nous plaignons de la dette et disons que nous ne sommes pas assez nombreux pour la payer. Mais chaque fois qu’un réfugié est accepté, chaque fois qu’un immigrant est reçu, ma part de la dette s’allège. Quand on sait qu’en plus l’immigrant paie le Canada pour l’étude de son dossier, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y met de la bonne volonté.
Je me réjouis des naissances qui m’entourent, des nouveaux bébés qui apparaissent dans mon cercle familial ou mon cercle d ‘amis. Je me réjouis tout autant de l’arrivée d’un réfugié ou d’un immigrant, conscient de tout ce qu’ils ont dû accomplir pour venir ici et reconnaissant de toute la richesse qu’ils m’apportent. Dans tous les cas, naissances ou arrivées, il me semble qu’il faut fêter le nouveau citoyen qui se joint à nous et qui nous rendra plus forts et plus ouverts au monde.
1 commentaire:
Voilà un texte à répandre. Quelle justesse dans un tel propos si vilipendé à tous azimuts. La réalité de notre avenir c'est cela.
Merci.
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