La gouverneure générale du Canada est née en Haïti. Ma conjointe, la mère de deux de mes trois enfants, est née en Italie. Ces deux femmes sont des immigrantes, comme vingt pour cent de la population canadienne. Une personne sur cinq, ici, est née dans un autre pays. Mais c’est ici qu’elle travaille, ici qu’elle paie des impôts, ici qu’elle participe à construire des routes, des écoles, des hôpitaux.
Bien sûr nous sommes tous des immigrants, les amérindiens eux-mêmes l’étant probablement même si la date de leur arrivée laisse place à l’interprétation. Mais, bien au-delà de ce cliché, ce qui demeure c’est la richesse que représente chacun des nouveaux arrivants.
Mon voisin Purcell, à Béthanie, descend d’irlandais chassés par la faim à la suite de la maladie de la pomme de terre. Je descends de français, attirés par le droit de chasser et d’avoir une terre à cultiver. Je mange à Granby dans un restaurant italien dont le propriétaire est né en Italie, je lis Dany Laferrière, j’écoute l’OSM dirigé par Kent Nagano. Du yaourt au fromage, de la coupe de viande aux raquettes, des livres aux disques, de la maison que j’habite aux meubles que j’utilise et à la voiture que je conduis, tout sans exception a été enrichi des l’expérience des autres cultures, des autres pays. Et le pays que j’habite et que je participe à construire c’est ainsi qu’il s’est fait et se fait encore, d’enrichissements, de variétés, de nouveautés.
Au-delà de l’enrichissement culturel et du développement de nouvelles manières de faire que nous montrent nos nouveaux concitoyens il y a aussi l’apport financier direct. Bien sûr les immigrants arrivent avec des capitaux à placer, qu’il s’agisse d’argent frais, de technologie ou de leur simple savoir faire. Mais les réfugiés eux-mêmes, qui arrivent en apparence avec rien, nous apportent quelque chose.
On dit souvent que la richesse d’une entreprise c’est son personnel. Pour un pays, avoir des citoyens est essentiel et en avoir assez pour partager les charges de l’état l’est tout autant. Nous ne sommes que 7 millions et quelques au Québec, moins de quarante millions au Canada. Pour développer et maintenir nos infrastructures de transport il nous vaudrait être bien plus. Sans compter nos villes ; sans les immigrants Montréal serait encore moins peuplée et les taxes y seraient encore plus terrifiantes !
Parlons grossièrement, parlons gros sous. Accoucher une mère coûte quelques milliers de dollars, amener un enfant vivant à ses cinq ans représente une dépense de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Quand vous commencez à le scolariser vos dépenses explosent. Bref, un humain qui sait lire, compter, qui connait l’histoire et la géographie, qui peut parler et écrire deux langues représente une valeur de plus de 100 000$. Je ne parle même pas des professionnels, je n’examine même pas le cas des immigrants investisseurs. Je parle d’un réfugié vietnamien qui a quitté son pays en bateau, qui a survécu aux pirates, qui a ouvert un dépanneur et qui, aujourd’hui, sociétaire chez Desjardins, paie son hypothèque de 200 000$, ses taxes, ses impôts et fait éduquer ses enfants en français, lesquels enfants en feront peut-être d’autres avec les miens. Je parle du réfugié afghan qui va aujourd’hui au SERY pour recevoir de l’aide dans son insertion au pays et qui, demain, sera associé dans une concession automobile, ou aide soignant au centre hospitalier.
Je parle de chacun de ceux qui arrivent ainsi et qui, pour le peu d’aide que nous lui fournissons nous amène son corps, son cœur, ses compétences et ses espoirs. Je parle de ceux qui, un jour, ont tout risqué pour venir ici et participer à nos efforts, voulant bien sûr recevoir la juste part de leur travail mais m’apportant en le faisant une nouvelle richesse.
On se scandalise du peu que nous donnons en oubliant qu’un adulte né ici nous aurait couté beaucoup plus. En même temps nous nous plaignons de la dette et disons que nous ne sommes pas assez nombreux pour la payer. Mais chaque fois qu’un réfugié est accepté, chaque fois qu’un immigrant est reçu, ma part de la dette s’allège. Quand on sait qu’en plus l’immigrant paie le Canada pour l’étude de son dossier, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y met de la bonne volonté.
Je me réjouis des naissances qui m’entourent, des nouveaux bébés qui apparaissent dans mon cercle familial ou mon cercle d ‘amis. Je me réjouis tout autant de l’arrivée d’un réfugié ou d’un immigrant, conscient de tout ce qu’ils ont dû accomplir pour venir ici et reconnaissant de toute la richesse qu’ils m’apportent. Dans tous les cas, naissances ou arrivées, il me semble qu’il faut fêter le nouveau citoyen qui se joint à nous et qui nous rendra plus forts et plus ouverts au monde.
Blogue de situations de gouvernance (y compris politiques) et d'anecdotes en international
vendredi 16 avril 2010
mercredi 14 avril 2010
Les réfugiés et les immigrants (1)
Il circule un document sur internet qui compare les avantages donnés aux retraités et ceux donnés aux réfugiés accueillis au Canada, affirmant que ceux-ci sont scandaleusement bien traités, mieux que nos ainés.
Tous les chiffres cités sont inexacts, tous les faits sont faux.
Le 6 mars dernier, Claude Picher a donné les bonnes informations dans la Presse. Sans tout reprendre disons simplement qu’un retraité reçoit du fédéral seulement, sans compter donc les rentes du Québec s’il a occupé un poste salarié, entre 517$ et 1170$ par mois et ce jusqu’à la fin de sa vie. Ce n’est que s’il touche par ailleurs plus de 66 700$ qu’il verra cette rente diminuer.
De son côté un réfugié reçoit le bien-être social et, au début, une aide ponctuelle de 1100$ pour se procurer du linge, des produits de toilette, etc. C’est tout. Et le bien-être social s’arrête évidemment dès qu’il a un travail.
Mais, direz-vous, le retraité a payé toute sa vie pour sa retraite. Oui et non ; nous ne payons pas tous le même impôt et nombreux sont les retraités qui reçoivent plus, à la retraite, que tout l’impôt qu’ils ont versé durant leur vie active. Ceux-là, bien que canadiens, reçoivent donc plus que ce qu’ils ont contribué. Et c’est bien normal, cela s’appelle la solidarité sociale.
À mon sens, la solidarité ne s’arrête pas à la religion pratiquée, la langue parlée ou la couleur de la peau. Encore moins au nom du pays qui est marqué sur un passeport.
Supposez que, demain, à la suite de l’explosion d’un volcan dans l’ouest des Etats-Unis, le Québec soit recouvert d’un mètre de cendres volcaniques et que la présence des particules dans l’air fasse baisser la température moyenne de cinq degrés. Il n’y a plus d’été, plus d’agriculture ; les villes devant être évacuées car l’air y est irrespirable, la valeur des propriétés s’effondre ce qui fait que les hypothèques ne sont plus payées ; les banques font faillite et les entreprises ferment par manque de liquidité et par manque de marché ; il n’y a plus de travail, plus de valeur aux actions, plus de fond de pension. Bref, nous sommes sept millions et nous avons tout perdu.
C’est impossible dites-vous, ça n’arrivera jamais ! C’est ce que pensaient les yougoslaves qui habitaient un pays européen aisé et organisé. C’est ce dont étaient persuadés les argentins qui vivaient dans une société prospère et démocratique. C’est ce que croient plein de gens sur cette planète jusqu’à ce qu’un tsunami, un tremblement de terre, une guerre civile, un coup d’état, une crise financière, fasse d’eux ce qu’ils ne pensaient jamais devenir ; des réfugiés. Un réfugié qui a tout perdu, qui n’a même pas bien souvent une valise avec lui. Et il arrive chez nous parce que les pays ont signé une convention pour protéger les humains, d’où qu’ils soient. De la même façon qu’un bateau n’a pas le droit de continuer son chemin sans assister des naufragés, un pays n’a pas le droit de refuser l’asile à des réfugiés.
Prenez un naufragé à votre bord et laissez-le sur le pont, sans eau, sans couverture, sans nourriture. Il va mourir tout aussi bien que si vous l’aviez laissé sur son radeau. Alors, que devez-vous faire du réfugié que vous accueillez dans votre pays ? Le minimum, au moins ce que vous faites pour votre concitoyen le plus pauvre, le plus délaissé. Et c’est ce que nous faisons. Nous donnons le minimum.
Je ne dis pas qu’il faut donner plus mais j’affirme que l’on ne peut pas donner moins.
J’ai payé toute ma vie pour les fonds de pension et les soins de santé de mes ainés, dont les plus âgés n’avaient d’ailleurs pas payé eux-mêmes pour ses services alors qu’ils étaient salariés. Aujourd’hui que je m’approche de la retraite on me dit que je dois payer davantage pour espérer avoir moi-même une rente ou des soins. Je paie, et sans me plaindre, C’est la juste contribution de chacun au bien collectif. Mais je souhaite que d’autres paient aussi pour moi un jour ; et je ne veux pas que mes enfants soient écrasés par une charge trop lourde. Alors, non seulement suis-je solidaire de l’humanité quand je reçois des réfugiés mais encore suis-je solidaire de mes enfants comme je l’ai été de mes parents. Je travaille maintenant pour que mes enfants aient de nouveaux concitoyens qui partageront les charges avec eux.
Si c’est de la charité, elle est bien organisée puisque j’en profite tant, comme tous les canadiens.
Tous les chiffres cités sont inexacts, tous les faits sont faux.
Le 6 mars dernier, Claude Picher a donné les bonnes informations dans la Presse. Sans tout reprendre disons simplement qu’un retraité reçoit du fédéral seulement, sans compter donc les rentes du Québec s’il a occupé un poste salarié, entre 517$ et 1170$ par mois et ce jusqu’à la fin de sa vie. Ce n’est que s’il touche par ailleurs plus de 66 700$ qu’il verra cette rente diminuer.
De son côté un réfugié reçoit le bien-être social et, au début, une aide ponctuelle de 1100$ pour se procurer du linge, des produits de toilette, etc. C’est tout. Et le bien-être social s’arrête évidemment dès qu’il a un travail.
Mais, direz-vous, le retraité a payé toute sa vie pour sa retraite. Oui et non ; nous ne payons pas tous le même impôt et nombreux sont les retraités qui reçoivent plus, à la retraite, que tout l’impôt qu’ils ont versé durant leur vie active. Ceux-là, bien que canadiens, reçoivent donc plus que ce qu’ils ont contribué. Et c’est bien normal, cela s’appelle la solidarité sociale.
À mon sens, la solidarité ne s’arrête pas à la religion pratiquée, la langue parlée ou la couleur de la peau. Encore moins au nom du pays qui est marqué sur un passeport.
Supposez que, demain, à la suite de l’explosion d’un volcan dans l’ouest des Etats-Unis, le Québec soit recouvert d’un mètre de cendres volcaniques et que la présence des particules dans l’air fasse baisser la température moyenne de cinq degrés. Il n’y a plus d’été, plus d’agriculture ; les villes devant être évacuées car l’air y est irrespirable, la valeur des propriétés s’effondre ce qui fait que les hypothèques ne sont plus payées ; les banques font faillite et les entreprises ferment par manque de liquidité et par manque de marché ; il n’y a plus de travail, plus de valeur aux actions, plus de fond de pension. Bref, nous sommes sept millions et nous avons tout perdu.
C’est impossible dites-vous, ça n’arrivera jamais ! C’est ce que pensaient les yougoslaves qui habitaient un pays européen aisé et organisé. C’est ce dont étaient persuadés les argentins qui vivaient dans une société prospère et démocratique. C’est ce que croient plein de gens sur cette planète jusqu’à ce qu’un tsunami, un tremblement de terre, une guerre civile, un coup d’état, une crise financière, fasse d’eux ce qu’ils ne pensaient jamais devenir ; des réfugiés. Un réfugié qui a tout perdu, qui n’a même pas bien souvent une valise avec lui. Et il arrive chez nous parce que les pays ont signé une convention pour protéger les humains, d’où qu’ils soient. De la même façon qu’un bateau n’a pas le droit de continuer son chemin sans assister des naufragés, un pays n’a pas le droit de refuser l’asile à des réfugiés.
Prenez un naufragé à votre bord et laissez-le sur le pont, sans eau, sans couverture, sans nourriture. Il va mourir tout aussi bien que si vous l’aviez laissé sur son radeau. Alors, que devez-vous faire du réfugié que vous accueillez dans votre pays ? Le minimum, au moins ce que vous faites pour votre concitoyen le plus pauvre, le plus délaissé. Et c’est ce que nous faisons. Nous donnons le minimum.
Je ne dis pas qu’il faut donner plus mais j’affirme que l’on ne peut pas donner moins.
J’ai payé toute ma vie pour les fonds de pension et les soins de santé de mes ainés, dont les plus âgés n’avaient d’ailleurs pas payé eux-mêmes pour ses services alors qu’ils étaient salariés. Aujourd’hui que je m’approche de la retraite on me dit que je dois payer davantage pour espérer avoir moi-même une rente ou des soins. Je paie, et sans me plaindre, C’est la juste contribution de chacun au bien collectif. Mais je souhaite que d’autres paient aussi pour moi un jour ; et je ne veux pas que mes enfants soient écrasés par une charge trop lourde. Alors, non seulement suis-je solidaire de l’humanité quand je reçois des réfugiés mais encore suis-je solidaire de mes enfants comme je l’ai été de mes parents. Je travaille maintenant pour que mes enfants aient de nouveaux concitoyens qui partageront les charges avec eux.
Si c’est de la charité, elle est bien organisée puisque j’en profite tant, comme tous les canadiens.
dimanche 4 avril 2010
Joyeuses Pâques
Ce dimanche nous fêtons Pâques. Bien sur les enfants, et bien des adultes, mangeront du chocolat et se réjouiront de se retrouver en famille. Bien sur il y aura sur nos tables de l’agneau ou du jambon, et nous penserons à ceux qui n’ont pas cette chance, surtout dans les temps plus difficiles que nous traversons. Bien sur nous nous retrouverons, chacun tentant de revenir vers les siens, comme on le fait à Noël.
Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que Pâques est la plus importante fête religieuse dans notre culture. Le carême est finie, la mort du vendredi saint est renversée, nous vivons la promesse de la résurrection, la promesse du renouveau.
Voilà en quoi il ne faut jamais cesser de croire. Voilà le sens et l’importance de Pâques; le renouveau est toujours possible, il faut toujours y travailler, il ne faut jamais renoncer.
Dans nos moments les plus sombres, devant les difficultés qui s’amoncellent, nous nous laissons aller parfois au découragement. Pâques nous fait souvenir, chaque année, que le printemps revient et qu’il faut savoir l’attendre.
Joyeuses Pâques à vous tous et à vous toutes.
Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que Pâques est la plus importante fête religieuse dans notre culture. Le carême est finie, la mort du vendredi saint est renversée, nous vivons la promesse de la résurrection, la promesse du renouveau.
Voilà en quoi il ne faut jamais cesser de croire. Voilà le sens et l’importance de Pâques; le renouveau est toujours possible, il faut toujours y travailler, il ne faut jamais renoncer.
Dans nos moments les plus sombres, devant les difficultés qui s’amoncellent, nous nous laissons aller parfois au découragement. Pâques nous fait souvenir, chaque année, que le printemps revient et qu’il faut savoir l’attendre.
Joyeuses Pâques à vous tous et à vous toutes.
dimanche 28 mars 2010
Cruelle défaite pour les femmes
La semaine dernière, à Ottawa, les députés ont défait une motion présentée par les libéraux. Ce n’est pas la première fois, me direz-vous. Mais cette motion portait sur la présence ou non, dans l’aide internationale, du contrôle des naissances.
Au Canada les femmes ont gagné le contrôle de leur corps et ce contrôle passe par plusieurs droits essentiels ; le droit de refuser une relation sexuelle, même à son conjoint légal, le droit de refuser de porter un enfant, le droit de consacrer sa vie à diverses choses et de ne pas être réduite qu’à la procréation.
Ces droits ont été gagnés de haute lutte par les femmes. Mais nous en profitons tous. Nos familles ont évoluées, nous laissant plus de temps pour être nous-mêmes et pour développer des contacts de qualité avec chacun. La carrière de ma conjointe lui est un lieu d’épanouissement et notre vie commune est plus riche de nos expériences personnelles ; notre situation financière est meilleure qu’avec un seul revenu ; nos enfants ont chacun eu l’occasion de nous connaître mieux ; comme couple, nous avons pu choisir le type de famille que nous voulions.
Ces droits sont fragiles. Il y a régulièrement des groupes qui veulent en remettre l’un ou l’autre en question, particulièrement le droit à l’avortement. Il faut comprendre que c’est un chaine délicate ; enlevez un de ces droits et vous les menacez tous, vous questionnez le type de relation que nous avons aujourd’hui, entre les femmes et les hommes. Je veux bien qu’il y ait des nostalgiques de l’époque de «Papa a raison» mais je ne s’en suis pas. Je ne désire pas entrer à la maison pour y trouver une épouse soumise, le souper prêt et une routine immuable. Et je crois que la grande majorité d’entre nous en est au même point. Nous apprécions l’égalité qui s’est instaurée, les exigences qu’elle suppose et les découvertes qu’elle suscite ; deux têtes qui discutent débouchent sur des résultats plus riches qu’une seule qui impose.
Je travaille dans d’autres pays, mon besoin d’implication faisant que je veux agir, à Granby, au Canada et là où je peux servir. J’ai ainsi vu bien d’autres sociétés sur tous les continents. Ce que je sais c’est que les premières victimes des guerres, des génocides, des épidémies, des séismes, ce sont les femmes. Pas parce qu’elles y meurent davantage que les hommes mais parce que les premiers abus de pouvoir qui s’exercent dans de telles conditions s’exercent sur leur corps. C’est par le viol que se font les opérations de terreur, par l’ensemencement forcé des femmes de l’autre groupe que se font les purifications ethniques. Dans la vie quotidienne, à travers la promiscuité des bidonvilles, au-delà de toutes les religions du monde, ce sont les filles de douze ans qui sont prises, mère à treize ans, femme à quinze et vieille à vingt.
Prétendre agir en développement international sans financer les activités de contrôle de naissance c’est imposer aux femmes des autres pays des réalités que les femmes du Canada refusent. En fait, c’est condamner des populations entières, femmes, enfants et hommes à un mode de vie dont nous ne voudrions pas, dont nous avons émergés peu à peu et dont tous les humains souhaitent émerger.
Ce qui s’est passé à Ottawa c’est que des hommes, car les députés sont majoritairement des hommes, ont voté contre l’intérêt des femmes. Quelque soit leur parti ils se sont montré petits, indifférents au sort de la moitié de l’humanité et ignorants de nos réalités à la fois sociologiques et historiques.
Au Canada les femmes ont gagné le contrôle de leur corps et ce contrôle passe par plusieurs droits essentiels ; le droit de refuser une relation sexuelle, même à son conjoint légal, le droit de refuser de porter un enfant, le droit de consacrer sa vie à diverses choses et de ne pas être réduite qu’à la procréation.
Ces droits ont été gagnés de haute lutte par les femmes. Mais nous en profitons tous. Nos familles ont évoluées, nous laissant plus de temps pour être nous-mêmes et pour développer des contacts de qualité avec chacun. La carrière de ma conjointe lui est un lieu d’épanouissement et notre vie commune est plus riche de nos expériences personnelles ; notre situation financière est meilleure qu’avec un seul revenu ; nos enfants ont chacun eu l’occasion de nous connaître mieux ; comme couple, nous avons pu choisir le type de famille que nous voulions.
Ces droits sont fragiles. Il y a régulièrement des groupes qui veulent en remettre l’un ou l’autre en question, particulièrement le droit à l’avortement. Il faut comprendre que c’est un chaine délicate ; enlevez un de ces droits et vous les menacez tous, vous questionnez le type de relation que nous avons aujourd’hui, entre les femmes et les hommes. Je veux bien qu’il y ait des nostalgiques de l’époque de «Papa a raison» mais je ne s’en suis pas. Je ne désire pas entrer à la maison pour y trouver une épouse soumise, le souper prêt et une routine immuable. Et je crois que la grande majorité d’entre nous en est au même point. Nous apprécions l’égalité qui s’est instaurée, les exigences qu’elle suppose et les découvertes qu’elle suscite ; deux têtes qui discutent débouchent sur des résultats plus riches qu’une seule qui impose.
Je travaille dans d’autres pays, mon besoin d’implication faisant que je veux agir, à Granby, au Canada et là où je peux servir. J’ai ainsi vu bien d’autres sociétés sur tous les continents. Ce que je sais c’est que les premières victimes des guerres, des génocides, des épidémies, des séismes, ce sont les femmes. Pas parce qu’elles y meurent davantage que les hommes mais parce que les premiers abus de pouvoir qui s’exercent dans de telles conditions s’exercent sur leur corps. C’est par le viol que se font les opérations de terreur, par l’ensemencement forcé des femmes de l’autre groupe que se font les purifications ethniques. Dans la vie quotidienne, à travers la promiscuité des bidonvilles, au-delà de toutes les religions du monde, ce sont les filles de douze ans qui sont prises, mère à treize ans, femme à quinze et vieille à vingt.
Prétendre agir en développement international sans financer les activités de contrôle de naissance c’est imposer aux femmes des autres pays des réalités que les femmes du Canada refusent. En fait, c’est condamner des populations entières, femmes, enfants et hommes à un mode de vie dont nous ne voudrions pas, dont nous avons émergés peu à peu et dont tous les humains souhaitent émerger.
Ce qui s’est passé à Ottawa c’est que des hommes, car les députés sont majoritairement des hommes, ont voté contre l’intérêt des femmes. Quelque soit leur parti ils se sont montré petits, indifférents au sort de la moitié de l’humanité et ignorants de nos réalités à la fois sociologiques et historiques.
vendredi 26 mars 2010
Mon absence
J'ai été très absent ici, étant très présent ailleurs. Le travail en Haïti s'est enchaîné, le tremblement de terre du 12 janvier est survenu. Même si j'ai écrit et publié des textes ailleurs j'ai négligé de le faire ici. Je vais tenter de reprendre un peu nos habitudes.
Voici, pour recommencer, un texte datant d'il y a quelques semaines.
Retourner
Béthanie, mercredi le 10 février, 6h30.
Autour de la maison c’est la quiétude complète, celle de l’hiver qui est encore plus profonde que celle de l’été. À part les traces du renard dans la neige sous mes fenêtres, à part les folles envolées d’un groupe d’oiseaux gourmands qui se précipitent sur les dernières grappes du vinaigrier, il n’y a que les bruits tranquilles du feu de bois dans la cheminée, que la force apaisante d’une demeure solide et habitée, riche de souvenirs familiaux.
Demain, à cette heure, je serai dans l’avion pour Miami avec plus de 160 kilos de bagages. Je retourne à Port-au-Prince avec des tentes, de l’argent, du chasse-moustiques, des médicaments. Il n’est pas évident de trouver sept tentes au mois de février, encore moins évident de trouver près de deux litres de chasse-moustiques. Ce qui m’étonne encore c’est l’absence de réaction des caissières. Au magasin où j’ai enfin trouvé les abris de toile que je cherchais, la caissière a tout de même fait le commentaire que je profitais bien de la vente des produits hors saison ; mais à la pharmacie sa collègue ne s’est pas interrogée deux secondes sur ce qui pouvait me motiver, alors qu’il fait moins dix, à acheter huit bouteilles de 240 ml chacune de produit contre les insectes piqueurs.
En fait, parmi les nouveaux dangers qui guettent la population de Port-au-Prince il y a le paludisme et la fièvre dengue. Les moustiques nocturnes peuvent transmettre la malaria, ou paludisme, maladie contre laquelle nous disposons maintenant de plusieurs traitements. Mais les moustiques diurnes, eux, sont parfois transmetteurs de la dengue, dont il existe plusieurs variétés et contre laquelle nous n’avons pour ainsi dire pas de moyens médicaux. Il faut déjà être prudent en temps normal durant la période des pluies et se protéger avec un répulsif le jour et avec une moustiquaire la nuit. Avec les ruines qui occupent actuellement une grande partie de la ville, les mares et les flaques d’eau croupie vont être nombreuses, ce qui va favoriser l’explosion de la population de moustiques.
Demain je serai donc en route. Montréal Miami, puis Miami Santo Domingo, puis, par un moyen ou par un autre, Santo-Domingo Port-au-Prince en espérant arriver vendredi dans la journée. J’irai alors à nos bureaux où se regroupe notre personnel haïtien dont la grande majorité a perdu leur maison le 12 janvier. Et j’aurai avec moi des choses qui n’ont rien de spectaculaire mais qui sont essentielles.
Depuis le séisme il y a bien des bonnes volontés mais trop souvent désorganisées et parfois davantage publicitaires qu’utiles. Bien sûr il y a des blessés à soigner et transporter une équipe médicale peut se justifier. Et puis cela fait de belles photos, de beaux reportages, de belles images. Mais on devient plus sceptique quand on sait que les grandes agences mondiales sont déjà sur place, que certains groupes interviennent sans même une autorisation de notre ambassade et sans connaître ni le pays ni ses besoins.
Des tentes, des toilettes chimiques, du savon, du purificateur d’eau, du chasse-moustique, du papier de toilette et des serviettes hygiéniques. Il n’y a rien là de bien excitant pour des journalistes ; personne ne se fera photographier près de toilettes de chantier. Et pourtant ces besoins sont criants. Oui, il y a près de 250 000 morts, oui il y a des milliers de mutilés et de blessés. Mais il y a aussi un million de sans-abri, et les blessés et les mutilés en font partie. C’est magnifique d’opérer quelqu’un mais c’est inutile s’il doit mourir de la dengue trois semaines plus tard parce que personne ne veut s’occuper des toilettes, tellement moins glorieuses que les tables d’opération.
La santé publique n’est pas qu’une affaire de médecins, surtout pas qu’une affaire de chirurgien. Les égouts ont probablement fait davantage pour notre santé collective que les progrès de la chirurgie. Et il faut bien que quelqu’un s’en préoccupe.
Les chiffres sont énormes et on oublie leur valeur. Imaginez toute la population de l’île de Montréal morte, blessée ou sans-abri. Imaginez que vous deviez enterrer cinq fois tous les habitants de Granby, et que vous deviez en loger vingt fois plus. Hommes, femmes, enfants.
Demain je retourne avec des tentes et du chasse-moustique parce qu’il faut bien que ce soit fait. Au moins pour ceux et celles dont je suis responsable, pour ceux avec qui je travaille depuis 2008 et qui sont, avec leur famille, à la rue.
Bernard Demers
Voici, pour recommencer, un texte datant d'il y a quelques semaines.
Retourner
Béthanie, mercredi le 10 février, 6h30.
Autour de la maison c’est la quiétude complète, celle de l’hiver qui est encore plus profonde que celle de l’été. À part les traces du renard dans la neige sous mes fenêtres, à part les folles envolées d’un groupe d’oiseaux gourmands qui se précipitent sur les dernières grappes du vinaigrier, il n’y a que les bruits tranquilles du feu de bois dans la cheminée, que la force apaisante d’une demeure solide et habitée, riche de souvenirs familiaux.
Demain, à cette heure, je serai dans l’avion pour Miami avec plus de 160 kilos de bagages. Je retourne à Port-au-Prince avec des tentes, de l’argent, du chasse-moustiques, des médicaments. Il n’est pas évident de trouver sept tentes au mois de février, encore moins évident de trouver près de deux litres de chasse-moustiques. Ce qui m’étonne encore c’est l’absence de réaction des caissières. Au magasin où j’ai enfin trouvé les abris de toile que je cherchais, la caissière a tout de même fait le commentaire que je profitais bien de la vente des produits hors saison ; mais à la pharmacie sa collègue ne s’est pas interrogée deux secondes sur ce qui pouvait me motiver, alors qu’il fait moins dix, à acheter huit bouteilles de 240 ml chacune de produit contre les insectes piqueurs.
En fait, parmi les nouveaux dangers qui guettent la population de Port-au-Prince il y a le paludisme et la fièvre dengue. Les moustiques nocturnes peuvent transmettre la malaria, ou paludisme, maladie contre laquelle nous disposons maintenant de plusieurs traitements. Mais les moustiques diurnes, eux, sont parfois transmetteurs de la dengue, dont il existe plusieurs variétés et contre laquelle nous n’avons pour ainsi dire pas de moyens médicaux. Il faut déjà être prudent en temps normal durant la période des pluies et se protéger avec un répulsif le jour et avec une moustiquaire la nuit. Avec les ruines qui occupent actuellement une grande partie de la ville, les mares et les flaques d’eau croupie vont être nombreuses, ce qui va favoriser l’explosion de la population de moustiques.
Demain je serai donc en route. Montréal Miami, puis Miami Santo Domingo, puis, par un moyen ou par un autre, Santo-Domingo Port-au-Prince en espérant arriver vendredi dans la journée. J’irai alors à nos bureaux où se regroupe notre personnel haïtien dont la grande majorité a perdu leur maison le 12 janvier. Et j’aurai avec moi des choses qui n’ont rien de spectaculaire mais qui sont essentielles.
Depuis le séisme il y a bien des bonnes volontés mais trop souvent désorganisées et parfois davantage publicitaires qu’utiles. Bien sûr il y a des blessés à soigner et transporter une équipe médicale peut se justifier. Et puis cela fait de belles photos, de beaux reportages, de belles images. Mais on devient plus sceptique quand on sait que les grandes agences mondiales sont déjà sur place, que certains groupes interviennent sans même une autorisation de notre ambassade et sans connaître ni le pays ni ses besoins.
Des tentes, des toilettes chimiques, du savon, du purificateur d’eau, du chasse-moustique, du papier de toilette et des serviettes hygiéniques. Il n’y a rien là de bien excitant pour des journalistes ; personne ne se fera photographier près de toilettes de chantier. Et pourtant ces besoins sont criants. Oui, il y a près de 250 000 morts, oui il y a des milliers de mutilés et de blessés. Mais il y a aussi un million de sans-abri, et les blessés et les mutilés en font partie. C’est magnifique d’opérer quelqu’un mais c’est inutile s’il doit mourir de la dengue trois semaines plus tard parce que personne ne veut s’occuper des toilettes, tellement moins glorieuses que les tables d’opération.
La santé publique n’est pas qu’une affaire de médecins, surtout pas qu’une affaire de chirurgien. Les égouts ont probablement fait davantage pour notre santé collective que les progrès de la chirurgie. Et il faut bien que quelqu’un s’en préoccupe.
Les chiffres sont énormes et on oublie leur valeur. Imaginez toute la population de l’île de Montréal morte, blessée ou sans-abri. Imaginez que vous deviez enterrer cinq fois tous les habitants de Granby, et que vous deviez en loger vingt fois plus. Hommes, femmes, enfants.
Demain je retourne avec des tentes et du chasse-moustique parce qu’il faut bien que ce soit fait. Au moins pour ceux et celles dont je suis responsable, pour ceux avec qui je travaille depuis 2008 et qui sont, avec leur famille, à la rue.
Bernard Demers
mardi 9 juin 2009
Un livre en cadeau
J'ai écrit ma dernière chronique dans la Voix de l'Est. En effet, avec l'annonce de mon retour pour la prochaine campagne électorale fédérale, je ne peux plus prétendre me prononcer sur les sujets de mon choix sans que l'on y voit des indices sur les positions que je défendrai dans quelques mois.
Mais je continue à réagir à ce qui m'entoure et certains voudraient continuer à me lire. Alors je poursuis mes écrits sur mon blog, avec cependant une particularité. Comme nous arrivons à l'été, plutôt que de vous parler politique, je vais vous offrir un livre.
Du 10 juin au 28 juillet je vais publier chaque jour une section d'un livre que j'ai écrit ces derniers mois et qui porte sur mon expérience en Haïti, sur mon expérience en aide internationale de manière générale.
Le titre de cet ouvrage est "Port-au-Prince, l'été 2008". En le lisant, jour après jour, il faudra vous rappeler qu'il ne s'agit pas d'un journal et que, si la date est la même que celle du jour, l'expérience racontée a un an d'âge.
Bonne lecture, bon été.
Mais je continue à réagir à ce qui m'entoure et certains voudraient continuer à me lire. Alors je poursuis mes écrits sur mon blog, avec cependant une particularité. Comme nous arrivons à l'été, plutôt que de vous parler politique, je vais vous offrir un livre.
Du 10 juin au 28 juillet je vais publier chaque jour une section d'un livre que j'ai écrit ces derniers mois et qui porte sur mon expérience en Haïti, sur mon expérience en aide internationale de manière générale.
Le titre de cet ouvrage est "Port-au-Prince, l'été 2008". En le lisant, jour après jour, il faudra vous rappeler qu'il ne s'agit pas d'un journal et que, si la date est la même que celle du jour, l'expérience racontée a un an d'âge.
Bonne lecture, bon été.
lundi 11 mai 2009
L’état existe-t-il pour les citoyens ou les citoyens existent-ils pour l’état ?
Un jour, il y a très longtemps, des gens ont décidé de se regrouper et de partager un certain nombre de tâches entre eux. Au-delà de la famille, au-delà même du clan puis de la tribu, les humains se sont organisés en groupes de plus en plus larges pour partager des tâches de plus en plus complexes. Plusieurs de ces groupes ne bénéficiaient qu’à quelques personnes, des personnes qui s’accaparaient du pouvoir et de la richesse en échange de leur protection. Puis nous avons inventé la démocratie, pour ne plus être les esclaves de l’état mais pour que l’état nous serve. Mais dans tous les cas, sous la tyrannie comme sous la démocratie, les citoyens sont liés à l’État.
Voilà ce que c’est que d’être citoyen. Avoir une citoyenneté c’est détenir un lien avec un état, lien qui nous oblige à certaines choses et qui, en retour, oblige aussi l’état à d’autres choses : et la toute première de ces obligations de l’état envers ses citoyens c’est de respecter la citoyenneté qu’il a lui-même reconnue.
La citoyenneté ne me soustrait pas à la loi, ne me soustrait pas à la prison, ne me soustrait pas à mes devoirs envers ma société, bien au contraire ; mais elle me soustrait, dans la mesure du possible, au pouvoir des autres états ou des autres groupes humains. Que mon état ne soit pas en mesure de m’aider si je suis enlevé ou menacé dans un autre pays, que mon état ne puisse pas me secourir si je suis arrêté arbitrairement sur un autre continent, est une chose regrettable mais possible.
Mais quand mon état refuse de me secourir, quand mon état ne veut pas respecter ses obligations envers ses citoyens, nous sommes devant une situation grave. Sous le gouvernement Harper le Canada a renié plusieurs fois, et de manière totalement immorale, ses citoyens. Au cours de la guerre du Liban, le premier ministre s’est interrogé à savoir s’il devait secourir des canadiens qui avaient la double nationalité, s’arrogeant le droit de revoir à lui seul les fondements de notre citoyenneté ; et les canadiens pris dans cette guerre ont été les derniers occidentaux à être secourus, bien après les français, les américains, les suédois. Le même premier ministre a refusé de faire rapatrier un canadien condamné à mort afin qu’il purge ici sa peine de prison à perpétuité, ce que tous les gouvernements canadiens ont pourtant fait depuis l’abolition de la peine de mort.
Actuellement le gouvernement canadien renie deux de nos concitoyens, l’un au Soudan et l’autre à Guantánamo. Dans les deux cas nos obligations internationales sont claires, dans les deux cas le devoir de l’état est évident. Dans un cas, même, les tribunaux ont ordonné au gouvernement Harper de rapatrier son citoyen. Mais Harper persiste et signe ; pour lui il y a des citoyens de seconde zone, des citoyens qui n’en sont pas. Le problème est qu’il décide seul de qui est citoyen, méprisant nos lois et nos tribunaux, méprisant ce qui est le fondement et le ciment d’une société ; le lien d’obligations réciproques entre le citoyen et l’état.
Ce sont là des actions indignes d’un état évolué et qui montrent que Harper n’a jamais eu l’étoffe d’un chef d’état, seulement celle d’un chef de parti. Il est plus que temps qu’il soit limité à ce dernier rôle, si même les conservateurs veulent encore de lui.
Voilà ce que c’est que d’être citoyen. Avoir une citoyenneté c’est détenir un lien avec un état, lien qui nous oblige à certaines choses et qui, en retour, oblige aussi l’état à d’autres choses : et la toute première de ces obligations de l’état envers ses citoyens c’est de respecter la citoyenneté qu’il a lui-même reconnue.
La citoyenneté ne me soustrait pas à la loi, ne me soustrait pas à la prison, ne me soustrait pas à mes devoirs envers ma société, bien au contraire ; mais elle me soustrait, dans la mesure du possible, au pouvoir des autres états ou des autres groupes humains. Que mon état ne soit pas en mesure de m’aider si je suis enlevé ou menacé dans un autre pays, que mon état ne puisse pas me secourir si je suis arrêté arbitrairement sur un autre continent, est une chose regrettable mais possible.
Mais quand mon état refuse de me secourir, quand mon état ne veut pas respecter ses obligations envers ses citoyens, nous sommes devant une situation grave. Sous le gouvernement Harper le Canada a renié plusieurs fois, et de manière totalement immorale, ses citoyens. Au cours de la guerre du Liban, le premier ministre s’est interrogé à savoir s’il devait secourir des canadiens qui avaient la double nationalité, s’arrogeant le droit de revoir à lui seul les fondements de notre citoyenneté ; et les canadiens pris dans cette guerre ont été les derniers occidentaux à être secourus, bien après les français, les américains, les suédois. Le même premier ministre a refusé de faire rapatrier un canadien condamné à mort afin qu’il purge ici sa peine de prison à perpétuité, ce que tous les gouvernements canadiens ont pourtant fait depuis l’abolition de la peine de mort.
Actuellement le gouvernement canadien renie deux de nos concitoyens, l’un au Soudan et l’autre à Guantánamo. Dans les deux cas nos obligations internationales sont claires, dans les deux cas le devoir de l’état est évident. Dans un cas, même, les tribunaux ont ordonné au gouvernement Harper de rapatrier son citoyen. Mais Harper persiste et signe ; pour lui il y a des citoyens de seconde zone, des citoyens qui n’en sont pas. Le problème est qu’il décide seul de qui est citoyen, méprisant nos lois et nos tribunaux, méprisant ce qui est le fondement et le ciment d’une société ; le lien d’obligations réciproques entre le citoyen et l’état.
Ce sont là des actions indignes d’un état évolué et qui montrent que Harper n’a jamais eu l’étoffe d’un chef d’état, seulement celle d’un chef de parti. Il est plus que temps qu’il soit limité à ce dernier rôle, si même les conservateurs veulent encore de lui.
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