mercredi 5 mai 2010

Construire au Québec

Les québécois sont fiers, à juste titre, de plusieurs de leurs réalisations collectives comme Hydro Québec, le réseau des cégeps et la Caisse de dépôt. Il y a là des spécificités qui nous amènent à parler du modèle québécois, du Québec Inc. Cette fierté va parfois, cependant, jusqu’à méconnaître la réalité en croyant que des réalisations ou des valeurs répandues à travers le Canada viennent du Québec; les assurances emploi et maladie ne sont en rien des inventions québécoises et la solidarité sociale est née dans l’Ouest bien avant d’apparaître au Québec. Cela n’est pas bien grave, si ce n’est que cette confusion permet au Bloc de se réclamer de valeurs qui sont en fait parfaitement canadiennes…
Non, ce qui est plus malheureux c’est qu’au nom de notre manière de faire, nous oublions de regarder nos erreurs. Ainsi, le cas Lacroix s’est produit chez nous, pas en Ontario, et a montré l’insuffisance de nos systèmes québécois de contrôle financier. Pourtant, devant la volonté de créer un système pan canadien, nous désirons garder le nôtre, quitte à ce que des milliers d’autres investisseurs se fassent voler.
Un autre cas, plus couteux encore, est celui de la construction.
Le Québec veut promouvoir l’excellence de ses ressources humaines et de ses entreprises. Pour cela il les a protégées de la concurrence extérieure afin qu’elles puissent se développer et devenir des joueurs d’envergure. Cela était très bien dans les années soixante dix et a en effet permis l’établissement du Québec Inc. Mais le maintien de ces protections est devenu ridicule, inefficace et ruineux depuis un quart de siècle.
Si vous n’êtes que quelques compagnies à faire des routes, si les autres compagnies établies aux Etats-Unis et en Ontario, où les routes coutent d’ailleurs moins cher, n’ont pas le droit de venir soumissionner, vous vous endormez dans votre confort. Le système ne vous pousse pas du tout à l’excellence mais bien à la paresse. Plutôt que de chercher des solutions originales, des procédés moins couteux, vous augmentez les prix et vous vous entendez avec les autres, quand ce n’est pas pire, comme nous l’avons vu récemment dans quelques cas.
Le scandale de la construction n’est pas que dans les éventuelles menaces à tel ou tel travailleur, dans le trucage des appels d’offre, dans le dépassement éhonté des coûts, bref dans la présence de criminels au sein d’activités commerciales dont tous les citoyens payent collectivement les coûts par leurs taxes et leurs impôts. Le scandale est ici dans le modèle québécois lui-même. Ce n’est pas parce que nous avons créé quelque chose qu’il ne faut pas le revoir et ce n’est pas parce que nous sommes les seuls à l’avoir que c’est forcément mieux qu’ailleurs. Dans le cas de l’industrie de la construction, et de la construction des infrastructures en particulier, tous les chiffres montrent que nous payons plus cher qu’ailleurs. Notre climat, semble-t-il, justifierait que nos routes soient plus chères (qu’en Suède ?) ; est-ce le même climat qui fait que les viaducs sont aussi plus chers ? Et les échangeurs, les centrales d’épuration des eaux usées, les hôpitaux ?
L’argent des infrastructures est dépensé dans plusieurs lieux de décision, du ministère des transports jusqu’aux municipalités. Tenter de redresser la situation par des brigades policières, par des commissions d’enquête publique, par le jeu démocratique librement exercé par des citoyens courageux qui dénoncent les abus est un travail de longue haleine, épuisant et peut-être inutile ; après tout, nous avons fait tout cela il y a quelques décennies et rien n’a changé vraiment, ni au sein des industries ni au sein des syndicats.
La solution la plus simple, la plus rapide et la plus efficace est sans doute de casser les monopoles et de s’ouvrir à la concurrence. Et là, vraiment, vous verrez les prix baisser.

dimanche 2 mai 2010

Enseigner

Vous avez très probablement déjà connu le plaisir de voir un jeune enfant faire ses premiers pas. On y éprouve une satisfaction réelle, comme si on était lié à son succès. Et c’est bien un peu ça qui se passe. Il nous a vu marcher, il a essayé, on l’a aidé des dizaines de fois. Et puis, aujourd’hui, il s’est lancé, affrontant toute la largeur de la pièce.

Ce plaisir je l’ai éprouvé bien souvent. Non pas seulement avec mes enfants mais avec des milliers de jeunes étudiants dans des cégeps et des universités. Voir le moment où, dans une salle de cours de quinze ou de deux cents personnes, des yeux s’allument devant ce qui leur est devenu une évidence; la porte qui s’ouvre c’est l’étudiant qui la pousse, bien sûr, mais c’est le maître qui la lui a indiquée.

Pour éprouver cette joie d’enseigner il vous faut connaître très bien un champ de connaissance, vous y mouvoir à l’aise et aimer en parler et vous y exercer. Vous ne pouvez pas enseigner la littérature si vous n’aimez pas lire. Un professeur de littérature ne sait pas s’il travaille ou non quand il relit Voltaire ou découvre un nouvel auteur. Quand il analyse un texte et s’en réjouit, il pense déjà à partager ses découvertes avec ses étudiants. Un professeur d’anglais ou de psychologie n’agit pas différemment. Je ne peux pas remarquer des comportements chez les gens sans m’imaginer les utiliser dans une salle de cours et, lorsque je suis en train de donner un cours je l’émaille d’une multitude d’exemples. Bref, j’aime ma profession et je ne peux pas cesser d’être psychologue pas plus que je ne peux cesser de savoir lire. Dès que je vois des lettres, c’est automatique, j’essaie de les lire. Essayez de vous retenir de lire, faites l’exercice quelques heures de ne pas lire les affiches, les panneaux, les boîtes de céréales; vous n’y arriverez pas !

J’ai trente-cinq de métier dont une quinzaine d’années où j’ai d’abord été professeur. J’ai donnée des cours du Lac St-Jean au Laos en passant par Haïti ou l’Estrie. J’ai enseigné la méthode scientifique, les bases de la psychologie, les théories de l’apprentissage, le leadership et j’en passe. Mais je ne pourrais pas enseigner au secondaire.

Mon père est biologiste, il a été président d’une association internationale de biologie, professeur émérite d’une grande université, il a formé des milliers d’étudiants. Mais il n’aurait pas le droit de donner un cours au secondaire.

Je connais ainsi des dizaines d’écrivains ou de scientifiques qui sont non seulement des spécialistes reconnus mais qui sont passionnants à écouter et qui ont d’énormes capacités pédagogiques. Mais même s’ils s’appellent Hubert Reeves ou Pierre Dansereau, ils ne peuvent pas donner un cours au secondaire. Ils n’ont pas leur brevet d’enseignant et ne l’auront jamais.

Il y a quinze ans encore un étudiant universitaire faisait son baccalauréat en biologie puis faisait un certificat en pédagogie. Il réalisait des stages en milieu scolaire et obtenait son brevet d’enseignement. Nous avions ainsi un professionnel qui pouvait œuvrer en biologie ou en milieu scolaire. Par ailleurs nous pouvions, si nous manquions d’enseignants, inviter des biologistes à faire leur certificats en pédagogie et obtenir rapidement ainsi de nouvelles ressources spécialisées.

Et puis, pour quelques bonnes raisons et beaucoup de mauvaises raisons, nous avons modifié les conditions d’obtention du brevet. Il faudrait désormais faire un baccalauréat de quatre ans en sciences de l’éducation au cours duquel on ferait environ deux ans de pédagogie et deux ans dans une ou deux disciplines.

Le résultat est catastrophique. Les étudiants qui aiment vraiment une discipline ne vont pas en sciences de l’éducation. Ils n’auront pas accès à l’enseignement secondaire s’ils ne font pas au moins trois années d’études après leur baccalauréat disciplinaire; il en résulte une pénurie d’enseignants, surtout dans le secteur des sciences. Par ailleurs les diplômés de sciences de l’éducation n’ont souvent qu’un vernis disciplinaire et ne possèdent pas la matière avec toute l’aisance que l’on attend d’eux.

On a voulu professionnaliser l’enseignement au secondaire ; on l’a sclérosé. La première qualité d’un enseignant c’est sa passion de transmettre sa discipline. Pour cela il faut être amoureux d’un champ du savoir et s’y vautrer à l’aise. Et il ne faut surtout pas être condamné à n’être, toute sa vie, qu’enseignant au secondaire sans avoir la possibilité de retourner à sa discipline de base pour s’y rafraichir et s’y conforter.

Le secondaire est ennuyeux pour les élèves. Il l’est tout autant pour les enseignants. Ne nous étonnons pas que les décrochages y soient aussi catastrophiquement nombreux. Reconnaissons nos erreurs et assurons nous d’avoir les enseignants dont nos enfants ont besoin ; des gens passionnés, mobiles, ouverts, circulant de leur métier à l’enseignement et pleinement à leurs aises avec les savoirs qu’ils sont sensés transmettre.

mercredi 28 avril 2010

Les vautours ; les hirondelles

Quand vous changiez des dollars américains pour avoir des gourdes, le 12 janvier dans la journée, les banques vous en donnaient 41 pour chaque dollar. Les épiceries et les stations d’essence étaient plus généreuses avec 42 gourdes ce qui faisait que chaque gourde vous coutait moins de deux sous et demi chacune. C’est normal car Haïti est un des pays les plus pauvres du monde ; la valeur d’une monnaie vient de la valeur de votre économie. Quand Haïti était plus riche vous n’aviez que 5 gourdes pour un dollar ce qui fait que, encore aujourd’hui, on appelle la pièce de 5 gourdes un dollar haïtien.
Le 20 janvier, quand les banques ont ouvert à nouveau, elles ne vous donnaient plus que 35 gourdes pour un dollar, chaque gourde vous coutant presque 3 sous. Le séisme n’a évidemment pas amélioré l’économie haïtienne. Mais les banques ont le papier monnaie dans leur coffre et les étrangers ont des dollars et veulent des gourdes. Alors on en profite et on se met 9% de profit pur dans les poches. Sans travailler, sans rien produire, une poignée de riches détournent à leur profit des centaines de milliers de dollars simplement en vendant du papier plus cher.
Pour revenir à Port-au-Prince, en février, j’ai essayé de louer une voiture ou de prendre un taxi depuis Santo Domingo car j’avais beaucoup de bagages, apportant avec moi des produits de première nécessité pour mon personnel local. Normalement le trajet jusqu’à la capitale haïtienne me couterait 200$ ; là on m’en demandait 400$ et on me déposait à la frontière, à charge pour moi de me rendre ensuite à Port-au-Prince. C’est plus du double alors que la République Dominicaine n’a pas été affectée, que l’essence et les autos y sont au même prix ; mais il y a beaucoup de demandes de la part des intervenants internationaux ; alors on en profite.
J’ai finalement pris l’avion qui m’a couté 270$ sans compter les bagages ; c’est le prix habituel d’un aller retour. Bien sur, on en profite.
Sur place j’ai visité une employée qui vit dans un campement avec son bébé de quelques mois. Elle est à l’aise financièrement mais sa maison est écrasée. Elle a bien trouvé un logement, signé un bail, mais deux jours après le propriétaire lui a demandé le double, 1000$ par mois, ou bien il louait à une ONG. Mon employée s’est retrouvée à la rue. Bref, on en profite.
Dans le petit avion bimoteur qui me ramenait vers Port-au-Prince il y avait un groupe de six hommes âgés dans la quarantaine. Habillés en Indiana Jones ils s’entre photographiaient, parlaient fort, allaient sauver Haïti qu’ils ne connaissaient pas, où ils n’avaient jamais mis les pieds. Ils venaient en secours d’urgence, un mois après le tremblement de terre, comme des pompiers qui se présentent devant un feu éteint alors que l’on attend les maçons et les menuisiers. Ces touristes de l’humanitaire, inutiles et prétentieux, vont participer à faire gonfler les prix et à déloger les habitants du pays. Mais ils auront de beaux souvenirs à raconter. Ils en profitent.

Et puis il y a autre chose complètement. Quand je monte sur Bourdon je vois toute la vallée en contrebas avec les maisons écrasées. À côté, sur des terrains qu’elle vient de se dégager, une véritable colonie d’hirondelles humaines se construit, de piquets de bois, de feuilles de tôle, de bâches plastifiées ; Port-au-Prince se réinvente en un millier de villages, sans attendre que d’autres disent quoi faire du haut de leur plan d’aménagement.
Il y a le marchand de fleurs qui venait chaque samedi ; il sonne à ma grille, et nous nous retrouvons, surpris et heureux que nous soyons là tous les deux, dans l’air encore frais de ce nouveau samedi naissant. Et je lui achète des fleurs en lui disant à samedi prochain, comme si cette promesse pouvait exorciser tous les malheurs.
Il y a cette partenaire qui, chaque fois que nous nous donnons un rendez-vous, dit « Oui, à mardi 10h, si Dieu le veut » et qui le dit maintenant sans que je lui réplique, comme je le faisais si souvent « Dieu voudra bien ». Je n’ose plus rien dire de ce que Dieu peut bien vouloir.

Je conduisais l’auto entre ma maison et le bureau et je suis passé devant le site de l’Université de Port-au-Prince. Dans cette université privée les salles de cours étaient pleines à 16h53 le 12 janvier. Il ne reste rien du bâtiment de six étages, qu’un énorme tas de gravats. Et les larmes me sont venues aux yeux en voyant, sur le béton éclaté, des bouquets de fleurs déposés là.

jeudi 22 avril 2010

Le Sud, le Nord, la vie et la politique

Il y a des courages qui sont spectaculaires. Celui du journaliste qui va au front ou qui descend dans les décombres d’un immeuble effondré, Celui du parachutiste qui se lance en plané ou celui de l’alpiniste qui affronte le froid, le vent, le vertige sur un à-pic de 1000 mètres. Ce sont là des courages qui sont soulignés dans les médias et qui méritent parfois des honneurs à ceux qui les ont eus. J’avoue que, pour ma part, je les trouve bien souvent plus adolescents qu’autre chose, plus fanfarons qu’utiles.
Quelqu’un qui affronte l’inévitable, qui fait avec ce que la vie lui offre, que ce soit en bien ou en mal, m’impressionne bien davantage. Trouver la force de persister quand sa maison est effondrée, que des membres de sa famille sont morts et d’autres blessés ou amputés. Trouver le courage d’aller de l’avant au moment où nous arrive un diagnostique de cancer, de sclérose, de quadriplégie. Trouver l’énergie et la souplesse pour s’adapter et bien souvent se dévouer sans que cela n’attire l’attention des autres, sans même que qui que ce soit vous remercie. Bref, faire ce qui doit être fait parce qu’il faut bien que cela soit fait.
Certains diront, parmi ceux qui n’ont jamais été confrontés à la vraie adversité, que c’est facile puisqu’il n’y a pas le choix. Faux. Beaucoup s’effondrent, attendent passivement ou se dispersent dans une agitation stérile. C’est une minorité qui tient le coup et qui va aux priorités, même celles qui ne sont pas glorieuses.
À Port-au-Prince, depuis le 12 janvier, je vois de ces deux sortes de courage. L’un se précipite d’un endroit à l’autre, son tout-terrain se faisant voir partout où il y a des victimes à trouver alors que les secours y sont déjà mais ne se montrant pas là où il devrait être. L’autre agit comme une fourmi, avec une obstination un peu aveugle puisque c’est le meilleur moyen d’affronter la réalité, pas à pas, en posant des gestes simples comme aller chercher de l’eau ou monter un abri. Survivre, non pas seulement au séisme mais à ses conséquences. Car il faut avoir vécu au centre de Port-au-Prince pour avoir une idée de ce qu’ont été les nuits qui ont suivi.

Il y a plusieurs jours maintenant, j’ai reçu un courriel du Canada. Pendant que je suis ici, acceptant des risques que je connais, je reçois une nouvelle terrible concernant un ancien collègue. Un homme courageux qui, devant la maladie mentale de son fils a, pendant vingt-cinq, accepté une réalité très dure, de celle en plus qu’il est difficile de faire comprendre aux autres. Quand je dis que mon fils est handicapé les gens font preuve de compassion, pour lui comme pour moi. Mais si, comme mon collègue, je dois dire que mon fils est schizophrène, la réponse tient davantage de la répulsion ou de la peur. Alors je vis mon courage seul, dans le quotidien, sans même l’identifier comme tel.
Avant-hier j’ai appris la mort d’un homme courageux, tué par son fils dans sa cuisine, ou plutôt tué par les démons qui occupent l’esprit de son fils depuis des années et contre lesquels cet homme s’est battu, simplement, un peu chaque jour.


Pendant que certains mourraient ici, lentement étouffés dans la noirceur des décombres qui les ont enterrés vivants, mon collègue mourait les yeux grands ouverts sur une réalité que personne ne devrait voir ; un fils qui tue son père alors qu’il n’y a qu’amour et délire entre eux.
Je me suis déjà fait dire, un soir à Québec, que j’étais courageux et je me suis alors découvert ce courage que je ne connaissais pas ; celui de faire avec la vie, comme elle est. Et de garder pourtant la volonté de la changer. C’est pourquoi la politique est importante et c’est pourquoi elle devrait être exercée avec compassion, dans un réel souci du bien de ses concitoyens. Il faut du courage pour aider ceux qui en ont et ceux qui en manquent, il faut du courage pour passer par-dessus les actions glorieuses et se consacrer à celles qui sont vraiment utiles.
Mais, quelque soit notre force et notre capacité de savoir accepter comme de savoir agir, il me semble que nous espérons tous mourir dans notre lit, dans le calme et sans souffrir. J’ai connu des morts de maladie atroce, des morts mitraillés, des morts à la machette, des morts en automobile, des morts de catastrophe et j’arrive à ce curieux constat que j’ai peut-être vu plus de cadavres nus jetés à la rue que de corps exposés dans un cercueil, que j’ai connu plus de gens dont la vie a été brutalement tranchée que de gens qui sont morts paisiblement. De ce que je vis ces semaines-ci, de ce que j’ai connu au cours de ma vie, me vient un souhait, un désir: mourir sans avoir trop mal et sans trop d’angoisse.
Que la vie m’offre cette ultime lâcheté.

vendredi 16 avril 2010

Les réfugiés et les immigrants (2)

La gouverneure générale du Canada est née en Haïti. Ma conjointe, la mère de deux de mes trois enfants, est née en Italie. Ces deux femmes sont des immigrantes, comme vingt pour cent de la population canadienne. Une personne sur cinq, ici, est née dans un autre pays. Mais c’est ici qu’elle travaille, ici qu’elle paie des impôts, ici qu’elle participe à construire des routes, des écoles, des hôpitaux.
Bien sûr nous sommes tous des immigrants, les amérindiens eux-mêmes l’étant probablement même si la date de leur arrivée laisse place à l’interprétation. Mais, bien au-delà de ce cliché, ce qui demeure c’est la richesse que représente chacun des nouveaux arrivants.
Mon voisin Purcell, à Béthanie, descend d’irlandais chassés par la faim à la suite de la maladie de la pomme de terre. Je descends de français, attirés par le droit de chasser et d’avoir une terre à cultiver. Je mange à Granby dans un restaurant italien dont le propriétaire est né en Italie, je lis Dany Laferrière, j’écoute l’OSM dirigé par Kent Nagano. Du yaourt au fromage, de la coupe de viande aux raquettes, des livres aux disques, de la maison que j’habite aux meubles que j’utilise et à la voiture que je conduis, tout sans exception a été enrichi des l’expérience des autres cultures, des autres pays. Et le pays que j’habite et que je participe à construire c’est ainsi qu’il s’est fait et se fait encore, d’enrichissements, de variétés, de nouveautés.
Au-delà de l’enrichissement culturel et du développement de nouvelles manières de faire que nous montrent nos nouveaux concitoyens il y a aussi l’apport financier direct. Bien sûr les immigrants arrivent avec des capitaux à placer, qu’il s’agisse d’argent frais, de technologie ou de leur simple savoir faire. Mais les réfugiés eux-mêmes, qui arrivent en apparence avec rien, nous apportent quelque chose.
On dit souvent que la richesse d’une entreprise c’est son personnel. Pour un pays, avoir des citoyens est essentiel et en avoir assez pour partager les charges de l’état l’est tout autant. Nous ne sommes que 7 millions et quelques au Québec, moins de quarante millions au Canada. Pour développer et maintenir nos infrastructures de transport il nous vaudrait être bien plus. Sans compter nos villes ; sans les immigrants Montréal serait encore moins peuplée et les taxes y seraient encore plus terrifiantes !
Parlons grossièrement, parlons gros sous. Accoucher une mère coûte quelques milliers de dollars, amener un enfant vivant à ses cinq ans représente une dépense de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Quand vous commencez à le scolariser vos dépenses explosent. Bref, un humain qui sait lire, compter, qui connait l’histoire et la géographie, qui peut parler et écrire deux langues représente une valeur de plus de 100 000$. Je ne parle même pas des professionnels, je n’examine même pas le cas des immigrants investisseurs. Je parle d’un réfugié vietnamien qui a quitté son pays en bateau, qui a survécu aux pirates, qui a ouvert un dépanneur et qui, aujourd’hui, sociétaire chez Desjardins, paie son hypothèque de 200 000$, ses taxes, ses impôts et fait éduquer ses enfants en français, lesquels enfants en feront peut-être d’autres avec les miens. Je parle du réfugié afghan qui va aujourd’hui au SERY pour recevoir de l’aide dans son insertion au pays et qui, demain, sera associé dans une concession automobile, ou aide soignant au centre hospitalier.
Je parle de chacun de ceux qui arrivent ainsi et qui, pour le peu d’aide que nous lui fournissons nous amène son corps, son cœur, ses compétences et ses espoirs. Je parle de ceux qui, un jour, ont tout risqué pour venir ici et participer à nos efforts, voulant bien sûr recevoir la juste part de leur travail mais m’apportant en le faisant une nouvelle richesse.
On se scandalise du peu que nous donnons en oubliant qu’un adulte né ici nous aurait couté beaucoup plus. En même temps nous nous plaignons de la dette et disons que nous ne sommes pas assez nombreux pour la payer. Mais chaque fois qu’un réfugié est accepté, chaque fois qu’un immigrant est reçu, ma part de la dette s’allège. Quand on sait qu’en plus l’immigrant paie le Canada pour l’étude de son dossier, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y met de la bonne volonté.
Je me réjouis des naissances qui m’entourent, des nouveaux bébés qui apparaissent dans mon cercle familial ou mon cercle d ‘amis. Je me réjouis tout autant de l’arrivée d’un réfugié ou d’un immigrant, conscient de tout ce qu’ils ont dû accomplir pour venir ici et reconnaissant de toute la richesse qu’ils m’apportent. Dans tous les cas, naissances ou arrivées, il me semble qu’il faut fêter le nouveau citoyen qui se joint à nous et qui nous rendra plus forts et plus ouverts au monde.

mercredi 14 avril 2010

Les réfugiés et les immigrants (1)

Il circule un document sur internet qui compare les avantages donnés aux retraités et ceux donnés aux réfugiés accueillis au Canada, affirmant que ceux-ci sont scandaleusement bien traités, mieux que nos ainés.
Tous les chiffres cités sont inexacts, tous les faits sont faux.
Le 6 mars dernier, Claude Picher a donné les bonnes informations dans la Presse. Sans tout reprendre disons simplement qu’un retraité reçoit du fédéral seulement, sans compter donc les rentes du Québec s’il a occupé un poste salarié, entre 517$ et 1170$ par mois et ce jusqu’à la fin de sa vie. Ce n’est que s’il touche par ailleurs plus de 66 700$ qu’il verra cette rente diminuer.
De son côté un réfugié reçoit le bien-être social et, au début, une aide ponctuelle de 1100$ pour se procurer du linge, des produits de toilette, etc. C’est tout. Et le bien-être social s’arrête évidemment dès qu’il a un travail.
Mais, direz-vous, le retraité a payé toute sa vie pour sa retraite. Oui et non ; nous ne payons pas tous le même impôt et nombreux sont les retraités qui reçoivent plus, à la retraite, que tout l’impôt qu’ils ont versé durant leur vie active. Ceux-là, bien que canadiens, reçoivent donc plus que ce qu’ils ont contribué. Et c’est bien normal, cela s’appelle la solidarité sociale.
À mon sens, la solidarité ne s’arrête pas à la religion pratiquée, la langue parlée ou la couleur de la peau. Encore moins au nom du pays qui est marqué sur un passeport.
Supposez que, demain, à la suite de l’explosion d’un volcan dans l’ouest des Etats-Unis, le Québec soit recouvert d’un mètre de cendres volcaniques et que la présence des particules dans l’air fasse baisser la température moyenne de cinq degrés. Il n’y a plus d’été, plus d’agriculture ; les villes devant être évacuées car l’air y est irrespirable, la valeur des propriétés s’effondre ce qui fait que les hypothèques ne sont plus payées ; les banques font faillite et les entreprises ferment par manque de liquidité et par manque de marché ; il n’y a plus de travail, plus de valeur aux actions, plus de fond de pension. Bref, nous sommes sept millions et nous avons tout perdu.
C’est impossible dites-vous, ça n’arrivera jamais ! C’est ce que pensaient les yougoslaves qui habitaient un pays européen aisé et organisé. C’est ce dont étaient persuadés les argentins qui vivaient dans une société prospère et démocratique. C’est ce que croient plein de gens sur cette planète jusqu’à ce qu’un tsunami, un tremblement de terre, une guerre civile, un coup d’état, une crise financière, fasse d’eux ce qu’ils ne pensaient jamais devenir ; des réfugiés. Un réfugié qui a tout perdu, qui n’a même pas bien souvent une valise avec lui. Et il arrive chez nous parce que les pays ont signé une convention pour protéger les humains, d’où qu’ils soient. De la même façon qu’un bateau n’a pas le droit de continuer son chemin sans assister des naufragés, un pays n’a pas le droit de refuser l’asile à des réfugiés.
Prenez un naufragé à votre bord et laissez-le sur le pont, sans eau, sans couverture, sans nourriture. Il va mourir tout aussi bien que si vous l’aviez laissé sur son radeau. Alors, que devez-vous faire du réfugié que vous accueillez dans votre pays ? Le minimum, au moins ce que vous faites pour votre concitoyen le plus pauvre, le plus délaissé. Et c’est ce que nous faisons. Nous donnons le minimum.
Je ne dis pas qu’il faut donner plus mais j’affirme que l’on ne peut pas donner moins.
J’ai payé toute ma vie pour les fonds de pension et les soins de santé de mes ainés, dont les plus âgés n’avaient d’ailleurs pas payé eux-mêmes pour ses services alors qu’ils étaient salariés. Aujourd’hui que je m’approche de la retraite on me dit que je dois payer davantage pour espérer avoir moi-même une rente ou des soins. Je paie, et sans me plaindre, C’est la juste contribution de chacun au bien collectif. Mais je souhaite que d’autres paient aussi pour moi un jour ; et je ne veux pas que mes enfants soient écrasés par une charge trop lourde. Alors, non seulement suis-je solidaire de l’humanité quand je reçois des réfugiés mais encore suis-je solidaire de mes enfants comme je l’ai été de mes parents. Je travaille maintenant pour que mes enfants aient de nouveaux concitoyens qui partageront les charges avec eux.
Si c’est de la charité, elle est bien organisée puisque j’en profite tant, comme tous les canadiens.

dimanche 4 avril 2010

Joyeuses Pâques

Ce dimanche nous fêtons Pâques. Bien sur les enfants, et bien des adultes, mangeront du chocolat et se réjouiront de se retrouver en famille. Bien sur il y aura sur nos tables de l’agneau ou du jambon, et nous penserons à ceux qui n’ont pas cette chance, surtout dans les temps plus difficiles que nous traversons. Bien sur nous nous retrouverons, chacun tentant de revenir vers les siens, comme on le fait à Noël.
Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que Pâques est la plus importante fête religieuse dans notre culture. Le carême est finie, la mort du vendredi saint est renversée, nous vivons la promesse de la résurrection, la promesse du renouveau.
Voilà en quoi il ne faut jamais cesser de croire. Voilà le sens et l’importance de Pâques; le renouveau est toujours possible, il faut toujours y travailler, il ne faut jamais renoncer.
Dans nos moments les plus sombres, devant les difficultés qui s’amoncellent, nous nous laissons aller parfois au découragement. Pâques nous fait souvenir, chaque année, que le printemps revient et qu’il faut savoir l’attendre.
Joyeuses Pâques à vous tous et à vous toutes.