mardi 29 avril 2014

Le pont Champlain (encore une fois)

L'attitude du gouvernement Harper à l'égard du pont Champlain, attitude que j'ai abondamment dénoncée lors de la campagne électorale de 2011, dépasse de loin le mépris et frise la schizophrénie. Le mépris, d'abord, pour la population et pour les élus de la région de Montréal et de tout le Québec; refus de reconnaître l'évidence en allant jusqu' à nier le besoin de changer le pont, puis de le changer vite, puis de le changer en impliquant les décideurs québécois, puis de le changer en tenant compte des besoins de transport collectif, puis de le changer en considérant l'ensemble de la question du transport entre la Rive-Sud et l'île de Montréal.  Imposer un péage c'est, de manière certaine, créer un désordre épouvantable dans la circulation locale et dans toute la circulation de transit régional. Les usagers vont se déplacer vers d'autres accès qu'il vont encombrer, provoquant une cascade de problèmes de circulation automobile. Je ne dis pas que je suis contre un péage, bien au contraire. En fait; je suis en faveur d'un péage modéré mais qui sera imposé sur tous les ponts menant à l'île et modulé en fonction des type de véhicules et des heures de passage de manière à améliorer la fluidité de la circulation dans toute l'île et cela à un faible coût pour les automobilistes. Mais, entre un péage que l'on discute et qui vise la régulation des transports dans une région et un péage qu'on impose par obstination, il y a toute la différence du monde.  Ceci, dit j'ai aussi évoqué, au début de cet article, la schizophrénie. Quand Harper ose parler de pont local il se montre déconnecté de la réalité canadienne. Le pont est un lien indispensable pour tout l'Est du Canada; pour rejoindre Toronto depuis Halifax, à moins de prendre le nouveau pont de la 30 et d'en assumer le prix, il vous faut passer par le pont Champlain. Bien sûr, il y a aussi le pont tunnel mais celui-ci est interdit à de nombreux camions et impose la traversée de l'île de Montréal dans toute sa longueur. Bref, par la route, le pont Champlain est une nécessité nationale. Et il l'est aussi, dans ses caractéristiques essentielles, pour laisser passer les navires sur la voie maritime. Faire un pont plus bas, droit, à l'image du pont Victoria, couterait bien moins cher. Mais, pour que les bateaux puissent se rendre jusqu'aux Grands Lacs, ils doivent passer sous le pont et celui-ci doit donc être bien plus élevé. Pourquoi les automobilistes montréalais paieraient-ils pour que des bateaux se rendent à Chicago? Mais pourquoi, surtout, le premier ministre Harper est-il si ignorant de la réalité des transport canadiens? Trop de voyages en avion aux frais de contribuables?

vendredi 25 avril 2014

La cour suprême et les conservateurs

Le parti ultra-conservateur de Steven Harper tente de gouverner le Canada de manière non démocratique et cela depuis son élection, même quand il était minoritaire. À plusieurs reprises ce gouvernement a refusé des droits à des citoyens canadiens, a voulu réduire le pouvoir des juges, a envisagé de modifier les bases même de la confédération sans consulter les provinces. Chaque fois la cour suprême a débouté le gouvernement et l'a ramené à ses obligations. Elle vient de le faire encore aujourd'hui, réaffirmant que l'on ne peut changer les règles de gouvernance du pays sans l'accord des provinces; si le sénat doit changer il le fera avec la participation de tous les gouvernements du Canada ou bien il le fera par des changements d'attitudes et de mentalités comme celui amorcé par Justin Trudeau lorsqu'il a détaché les sénateurs du caucus libéral, mettant en place des conditions favorables à la fin de la partisanerie à la chambre haute. Il demeure renversant de voir un gouvernement s'acharner à gouverner de manière autoritaire, s'acharner à vouloir changer notre pays au mépris de nos règles de droits. Pire, ce gouvernement, quand il est rappelé à l'ordre par les tribunaux, critique ceux-ci, démontrant ainsi son incompréhension de ce qu'est la démocratie. Heureusement que nous avons une charte des droits et des tribunaux pour nous protéger des excès de Harper. Il est plus que temps que ces dérives cessent et que nous nous dotions enfin, à nouveau, d'un premier ministre respectueux de l'esprit des pères fondateurs de notre pays.

Joël Legendre, procréation assistée, argent public

On discute beaucoup, depuis hier, du droit ou non des couples d'hommes à recevoir le même appui que les couples de femmes pour la procréation. Or, là n'est pas la question. Que les couples, quelque soit leur nature, décident d'avoir un ou des enfants relèvent de leur choix. Mais que la société paie pour ce choix, voilà qui relève de nos choix. Tout le programme de procréation assistée défrayée par la RAMQ est une erreur. Un lobby a convaincu un gouvernement de consacrer 30 millions de dollars annuellement pour aider des couples infertiles à avoir un enfant, somme qui a doublée dans la réalité. On consacre donc 60 millions de dollars chaque année, une goutte d'eau dans l'océan des dépenses en santé, pour cette fin. C'est à la fois peu et beaucoup car, pendant ce temps, les soins dentaires ne sont toujours pas couverts, pas plus que les lunettes ou, pire, les services d'un psychologue. Quand on sait que la santé mentale est le plus grand défi actuel en santé publique, quand on connait le nombre d'adolescents qui auraient besoin d'avoir un appui psychologique essentiel à leur bon développement, on ne peut que se scandaliser que des fonds publics soient consacrés à aider une infime minorité de citoyens à avoir un enfant alors que les besoins de tant de personnes sont encore ignorés. Bien sur, le 60 millions utilisé dans le programme de procréation assistée ne pourrait suffire à couvrir ces besoins. Mais, au moins, qu'il soit désormais consacré à aider les plus démunis dans des besoins essentiels.

vendredi 18 avril 2014

Pâques

Voici le retour de Pâques, voici la fin de l'hiver. J'ai vu mes premiers voiliers d'outardes, les canards sont installés sur l'étang et les saletés fleurissent en ville, la neige laissant derrière les ordures qu'elle dissimulait ces derniers mois. La terre est pleine d'odeurs et mon chat se promène le nez au sol, comme un chien courant. Des personnes sont mortes, certaines au bout d'une longue vie et d'autre brutalement, d'un accident qui leur est arrivé au début de leur parcours. Des personnes sont nées, aussi, et je connais quelques nouveaux grand-parents un peu gagas devant une risette. Bref, la vie tourne, pour les saisons, pour les animaux et pour nous. Voilà deux mille ans que nous fêtons Pâques et des milliers d'années de plus que nous soulignons, d'une manière ou d'une autre, l'arrivée du printemps. C'est un cycle que nous avons compris il y a longtemps, auquel nous sommes habitués et sur lequel nous comptons, surtout durant les périodes les plus sombres de l'année, ou de nos vies. C'est l'espoir qui nous fait vivre dans ces moments là, comme pour les ukrainiens espérant aujourd'hui leur printemps et craignant un hiver précoce et durable. De tels drames il en arrive régulièrement sur notre terre. Alors, pour assurer plus de soleil que de pluie, je vous souhaite, pour Pâques, de toujours garder l'espoir et de toujours savoir le rendre aux autres. Joyeuses Pâques, bons chocolats, beaucoup de rires et de plaisir.

dimanche 6 avril 2014

L'horreur

Il y a vingt ans, jour pour jour, j'étais à une conférence au centre de commerce mondial de Montréal quand un collègue, qui savait que j'étais récemment revenu du Rwanda, m'a informé que l'avion présidentiel s'était écrasé. Quelques heures plus tard, au petit matin à Kigali, mon ami Landoald Ndsaginwa était assassiné avec sa femme Hélène et leurs deux enfants, Malaika et Patrick. Ils étaient parmi les toutes premières victimes d'un génocide planifié, pensé et exécuté par le gouvernement. Je ne tenterai pas de vous expliquer les racines de tout cela, je ne tenterai pas de vous expliquer qui sont les coupables ni le rôle qu'a joué un pays occidental dans toutes ces morts. Je vous dirai simplement que ces événements ont changé ma vie, à plus d'un titre. Je vous dirai simplement, surtout, qu'il est admirable que les rwandais se soient relevés comme ils l'ont fait. Et je vous dirai encore que je suis fier d'avoir eu la chance de remettre une médaille au peuple rwandais, entre les mains du président actuel, Paul Kagamé. Cette médaille on me l'a fait payer cher, ayant eu le courage de mes convictions alors que d'autres n'avaient que la lâcheté de leur orgueil. Les peuples avancent par le courage, par la détermination et il y aura toujours des gens pour dénoncer leur progrès ou pour ne pas oser les appuyer, simplement parce que cela leur demande, à eux-aussi, du courage. Quant à nous, félicitons encore les rwandais pour le travail qu'ils ont accompli en vingt ans et pour celui qu'ils accompliront encore pour faire disparaitre une haine raciale inventée par les colons blancs. Le Rwanda a mille ans de civilisation, mille ans de vie commune avec une même langue, une même religion, un même système politique. Les folies coloniales ont précipité l'horreur; le rétablissement de la civilisation rwandaise l'éloigne aujourd'hui et l'éloignera pour toujours. Être lâche, endurer le discours de ceux qui nient cette civilisation et veulent sans cesse ramener la fausse division du peuple rwandais, c'est favoriser le crime génocidaire. Ceux qui en sont coupables sont nombreux, chez nous comme en Afrique. Il serait temps qu'ils s'excusent. À date, seul l'ancien président Clinton l'a fait en 2004.

dimanche 30 mars 2014

Monsieur Drainville, je ne suis pas l'esclave de l'état québécois!

Payer ses impôts, dans une société, c'est mettre en commun des ressources pour en retirer sa part de services. Ce n'est pas être l'esclave d'un état et devoir lui payer des redevances pour le simple fait d'exister. Je ne suis pas la propriété du Québec, pas plus que M. Couillard ne l'est. J'ai travaillé à l'étranger pendant plusieurs années mais j'avais toujours des liens financiers au Québec et au Canada, j'avais toujours droit à l'assurance maladie et mon salaire me donnait droit à des années de rente du Québec; il était donc normal que je paye mes impôts et mes taxes. J'avais cependant des collègues qui n'avaient aucun lien financier avec le Québec, avec le Canada ou avec leur pays d'origine (France, Italie, Suède, ect) et ils n'y payaient donc pas d'impôt. C'est normal et c'est une règle générale dans tous les états de droit. M. Couillard a travaillé à l'étranger et n'avait aucun lien financier au Québec; il n'y avait pas de propriété, pas de placement, il n'avait pas droit à l'assurance maladie ni au rentes du Québec, il a eu une période d'attente de 6 mois à son retour avant d'être de nouveau éligible à l'assurance maladie, rien même ne le forçait à revenir au Québec; pourquoi aurait-il du y payer des impôts? Ai-je encore le droit d'immigrer, d'être mobile, ou bien suis-je la propriété du Québec et suis-je condamné à y payer des impôts jusqu'à ma mort même si je n'y réside pas? La réponse est claire pour tout le monde, sauf pour M. Drainville.

mercredi 26 mars 2014

L'Ukraine encore

La situation en Ukraine est moins directement sous les projecteurs aujourd'hui mais elle est tout aussi importante, et probablement plus dangereuse, qu'elle ne l'était il y a dix jours. Poutine a complété son coup de force sur la Crimée, reprenant les vielles excuses et les vieux prétextes que nous avons entendu à la fin du siècle dans la bouche des autorités serbes (et encore avant, dans les années trente, dans la bouche de Hitler pour justifier son entrée en Autriche, puis en Pologne). L'Occident réagira-t-il ou laissera-t-il le nouveau tsar étendre son empire? Nous réagissons, mais bien modestement encore. En réalité, si on veut stopper Poutine et ébranler son trône, il faut lui livrer une guerre économique et il faut donc que l'Europe se serre la ceinture au plan énergétique, Même dans ces circonstances ce ne sera pas facile de gagner car les russes appuient massivement leur homme fort. Il faut se souvenir que la Russie n'a presque jamais connu la démocratie. Le féodalisme est tombé en 1917 mais la révolution et l'état démocratique ont été aussitôt volés par les soviets qui ont établi leur dictature sur l'empire jusqu'à la chute de l'Union soviétique. Les quelques dix années qui ont suivies ont été une assez pauvre école de la démocratie pour les russes; l'état était en crise financière, les salaires et les pensions n'arrivaient pas, bref, la liberté a eu un goût amer. Avec la dictature de Poutine les choses vont mieux pour les gens ordinaires, confortant leur idée que la liberté n'est pas ce qui compte le plus. Il devient donc nécessaire de montrer que la soumission aveugle a aussi un prix. Le début de crise que vit aujourd'hui la Russie doit être accentué pour que les citoyens découvrent que leur homme fort est source de malheur plus que de fierté. Autrement, après les tchétchènes, après les ukrainiens de Crimée,d'autres peuples retomberont sous la coupe de Poutine.